Trésor du mois – Un casse-tête iroquois à la bibliothèque Sainte-Geneviève

Casse-tête iroquois. Bois (peut-être érable). L 50 x l 13 x h 7 cm. Sur le dos, quinze incrustations de coquillages. Sur la partie supérieure, une inscription « Gopin » ou « Chopin » (?), XVIIes.

Le casse-tête est une arme utilisée par les Indiens d’Amérique du nord pour le combat au corps à corps. Parfois l’objet est abandonné sur les lieux du combat, comme une « signature ». Le casse-tête est décoré sur le manche d’incrustations de coquillages ou wampum blancs (univalve de type conque) ou violets (bivalve, en bas). Ces incrustations servent à décorer mais aussi à personnaliser l’arme, évoquant dans certains cas le totem animalier de la tribu ou directement le possesseur lui-même.

L’origine géographique ne fait aucun doute : la région du lac Ontario. Longtemps considéré comme huron, le casse-tête est désormais publié comme iroquois ; le motif en croix sur la tête est particulièrement cité comme typique de l’art iroquois. Les Hurons (ou Wendat) comme les Iroquois sont des fédérations de nations en lutte les unes contre les autres et alliées selon les circonstances aux différents envahisseurs : les Hurons, aux Français, les Iroquois, aux Hollandais puis aux Anglais.

 

On sait que ce casse-tête figurait au cabinet de curiosités installé dans un salon au bout de la galerie de la bibliothèque de l’abbaye Sainte-Geneviève par Claude du Molinet à la fin du XVIIe siècle. Dans la publication posthume de ce dernier, on distingue sur la gravure d’Ertinger (pl. 4) datée de 1688 « en face de l’entrée une espèce d’alcôve d’architecture entre les deux fenêtres qui l’éclairent, il s’y voit plusieurs sortes d’habits et d’armes des païs étrangers, des Perses, des Indiens et des Américains ».

Plusieurs hypothèses récentes permettent d’échafauder une transmission vraisemblable : le grand collectionneur Nicolas-Claude Fabri de Peiresc (1580-1637) possède dès 1605 un casse-tête semblable. On sait qu’il correspondait avec de nombreux missionnaires, dont les Capucins de la Nouvelle-France. A la mort de Peiresc (1637), une grande partie des objets de son cabinet sont acquis par Achille II de Harlay (1606-1671). Ce dernier, grand ami de l’abbaye Sainte-Geneviève, lui en lègue une partie, dont vraisemblablement le casse-tête. Si cette transmission est avérée, l’objet daterait de la fin du XVIe siècle. Il en existerait à peine une dizaine d’exemplaires aussi anciens dans le monde.

Il serait ainsi l’un des objets les mieux connus pour sa datation et sa transmission ; mais aussi l’un des plus anciens du cabinet de curiosités. Il est particulièrement représentatif de l’intérêt documentaire que porte Du Molinet à la connaissance des autres mondes, par l’objet comme par le livre.

Yannick NEXON

  • Du Molinet, Claude. Le cabinet de la bibliothèque Sainte-Geneviève. Paris, A. Dezallier, 1692. In-fol. En ligne sur le site web de l’INHA
  • Petit, Nicolas et Zehnacker, Françoise. Le Cabinet de curiosités de la Bibliothèque Sainte-Geneviève. Paris, Bibliothèque Sainte-Geneviève, 1989
  • Exposition virtuelle « Des indiens à la bibliothèque », en ligne sur le site web de la BSG