Trésor du mois – Tête d’Henri IV – Estampe et masque mortuaire

Photo-Tête HenriIV-BSG

Alexis Chataigner (1772-1817) et Edme Bovinet (1767-1837?) d’après E. H. Langlois du Pont de l'Arche (1777-1837) et Théodore de Jolimont (1787-....) - Henri IV exhumé. Dédié au roi. Eau-forte et burin, 33 x 25 cm - Paris, chez Bance aîné, vers 1815 EST 193 RES P.39 (acquisition 2012)

Cette gravure, acquise par la BSG en 2012, représente Henri IV dans son cercueil, adossé à un pilier de la crypte de la basilique Saint-Denis, au moment de la profanation des tombes royales en 1793. Lors de son exhumation, du 12 au 14 octobre 1793, le corps momifié d’Henri IV et sa tête se révélèrent intacts ; le visage plein, presque souriant, les yeux fermés, était en parfait état de conservation. Très vite la dépouille royale fut profanée : décapité, le corps fut jeté dans une fosse commune, et la tête, dérobée, disparut alors. Elle aurait été retrouvée en 2010, mais son authenticité fait actuellement l’objet d’un débat passionné. Des chercheurs, notamment Stéphane Gabet, en retracent les pérégrinations et l’identifient comme la véritable tête d’Henri IV, comparant son ADN avec celui de Louis XVI, ce que d’autres, tel Philippe Delorme, contestent.

Le texte sous l’estampe précise qu’un moulage de la tête fut pris lors de son exhumation à Saint-Denis. Or la BSG conserve un masque mortuaire d’Henri IV,en plâtre, dont l’origine et la date demeurent néanmoins incertaines ; si un inventaire atteste de sa présence à la BSG en 1850, les interprétations divergent : pour certains, il aurait été effectué d’après un moulage de cire réalisé à la mort du roi en 1610 ; pour d’autres, il aurait été moulé sur le cadavre du roi, en 1793, par le sculpteur Compérot, envoyé sur place par la municipalité de Paris pour ouvrir les sépultures de la basilique; d’autres encore pensent qu’il aurait été exécuté postérieurement, sous la Restauration.

Photo-Masque Henri IV-BSG

Moulage du masque mortuaire d'Henri IV. Plâtre, Inv. 1943- n° 62

La légende et la lettre de l’estampe permettent d’identifier les différents artistes qui ont oeuvré à sa réalisation : le dessin à l’origine de la gravure est dû à un « témoin oculaire », l’artiste et historien normand Eustache-Hyacinthe Langlois du Pont de Larche, qui l’effectua lors de l’exhumation de 1793.
Plus de vingt ans après, le peintre et archéologue Théodore de Jolimont s’en inspira pour cette composition, que deux graveurs transposèrent sur le cuivre : Alexis Chataigner commença la gravure à l’eau-forte, et Edme Bovinet la termina au burin. Cette estampe, éditée par Bance vers 1815 et dédiée à Louis XVIII, témoigne de la ferveur que suscitait alors Henri IV sous la Restauration, ferveur qu’entretinrent les Bourbons rétablis dans l’espoir de faire rejaillir sur leur dynastie la popularité de leur illustre aïeul.

Jocelyn Bouquillard

Bibliographie :

- Joël Cornette, Henri IV à Saint-Denis : de l’abjuration à la profanation, Paris : Belin, 2010.
- Stéphane Gabet, Pierre Belet, Le mystère de la tête d’Henri IV, Documentaire produit par Galaxie Presse, diffusésur Arte le 13 mars 2011 (DVD France Télévisions Distribution).
- Stéphane Gabet, Philippe Charlier, Henri IV. L’énigme du roi sans tête, Paris : Vuibert, 2013.
- Philippe Delorme, La mauvaise tête du roi, Paris : Frédéric Aimard, 2013.