Trésor du mois – Recueil de peintures antiques, 1757

Recueil de peintures antiques trouvées à Rome, imitées fidèlement pour les couleurs et le trait d’après les dessins coloriés par Pietro Sante Bartoli ; explications par P. J. Mariette et le comte de Caylus, Paris, 1757, 31 p., 33 pl. gravées et coloriées à la main. FOL W 200 INV 318 RES (pl. 22)

Cette estampe, imprimée en 1757 d’après un dessin du XVIIe siècle, reproduit une fresque antique ornant le Tombeau des Nasons, découvert près de Rome, sous la vigne Corsini, via Flaminia : des grotesques, composées de pampres, de corbeilles de fleurs et de paons affrontés entourent cinq médaillons de Victoires… Elle provient du Recueil de peintures antiques trouvées à Rome que le comte de Caylus (1692-1765), graveur et archéologue, publia à Paris en 1757 avec l’aide de son ami, Pierre-Jean Mariette (1694-1774), collectionneur d’estampes. Ce recueil reproduit des dessins aquarellés réalisés au siècle précédent par Pietro Sante Bartoli (1635-1700) d’après des peintures et des fresques ornant des édifices romains antiques en partie ensevelis. Dessinateur et graveur italien, réputé pour son érudition et sa curiosité d’archéologue, Bartoli a effectué à Rome de nombreux relevés architecturaux (monuments antiques, bas-reliefs des colonnes Trajane et Antonine, peintures murales du Tombeau des Nasons, de la Domus Aurea…) et publié des recueils de gravures qui contribuèrent à populariser en Europe les chefs d’œuvre de l’art antique.

Les dessins à la plume et à l’encre noire, rehaussés d’aquarelle et de gouache, qu’il a laissés, remarquables par la précision du tracé, la vivacité et la fraîcheur des coloris, constituent un précieux témoignage de la richesse de l’ornementation des palais romains. Conservés actuellement au Département des Estampes de la BnF, ils auraient pu disparaître s’ils n’avaient pas été redécouverts par hasard, en 1754, dans la boutique d’un artisan parisien, par le comte de Caylus, qui les fit graver au trait. L’ouvrage fut tiré à 30 exemplaires seulement, et les destinataires s’engageaient à faire peindre à leurs frais (et sous le contrôle de Caylus) chaque planche à la gouache, afin de reproduire aussi fidèlement que possible les dessins de Bartoli. Un manuscrit conservé à la Bibliothèque Sainte-Geneviève (Ms. 966) mentionne la somme très importante (300 livres) que le bibliothécaire de l’abbaye, Barthélemy Mercier de Saint-Léger, régla à Mariette, le 16 octobre 1762, pour l’enluminure du recueil*.

Jocelyn Bouquillard

* BSG, Ms 966 : Fragments de comptes et  d’un catalogue des livres de la bibliothèque de Sainte-Geneviève par Barthélémy Mercier de Saint-Léger.

« Le 16 octobre 1762 : Payé à M. Mariette pour l’enluminure des estampes des Peintures antiques, volume  in folio dont il n’y a eu que 1 exemplaire tiré, 300 livres.

Nota : MM de Caylus et Mariette ayant consenti à me donner un exemplaire de cet ouvrage rare et précieux à condition que je donnerais 300 livres pour les frais seuls de l’enluminure, je crus devoir prévenir M. l’abbé de Sainte Geneviève de l’offre qui m’a été faite ; il m’engagea à l’accepter et, sur la représentation que je lui fis de la médiocrité de nos fonds, il me promit de contribuer à payer cette somme ; le tems étant venu de l’acquitter et M. l’abbé m’ayant dit qu’il ne pouvait alors remplir sa promesse, j’ai été obligé d’emprunter la somme entière à la procure. »