Trésor du mois – Michel Foucault, Les mots et les choses

Michel FOUCAULT. Les Mots et les choses : une archéologie des sciences humaines. Paris : Gallimard, 1966. In-8°. Bibliothèque Sainte-Geneviève : 8 COL 1840 (1). Provenance : achat.

Michel Foucault, déjà remarqué pour son Histoire de la folie à l’âge classique, réussit en avril 1966 un coup de maître aussi inattendu que mémorable : hisser un ouvrage de philosophie, érudit et éminemment conceptuel, au rang de succès de librairie. Publié à 3 500 exemplaires, épuisé en 2 mois à peine et porté par une véritable frénésie médiatique, l’ouvrage connaît plusieurs retirages pour atteindre le chiffre de 36 000 exemplaires écoulés à la fin de 1969.

L’affirmation progressive du structuralisme dans la vie intellectuelle française des années 1960 explique pour partie ce retentissement, Foucault apparaissant alors, bon gré mal gré, comme le héraut de ce nouveau courant de pensée. Philosophe de formation, professeur de psychologie, féru de littérature et d’histoire, ouvert aux influences de la psychanalyse comme de la linguistique, il entreprend en effet, dans une démarche résolument critique et transdisciplinaire, une ambitieuse archéologie des sciences humaines. Soucieux de faire surgir l’historicité des systèmes de savoir, de pouvoir et de subjectivation, il se livre à une déconstruction de la culture européenne depuis le XVIe siècle. A travers l’analyse des discours scientifiques qui s’élaborent à l’âge classique et au début du XIXe siècle, il révèle les conditions de l’édification des sciences humaines autour de la figure de l’homme institué comme origine de tout savoir possible. La proclamation tonitruante, dans les dernières pages du texte, de la possible « mort de l’homme » renforce également la curiosité du public et avive la polémique avec les penseurs marxistes aussi bien qu’avec Sartre qui dénoncent son antihumanisme philosophique.

Michel Foucault partage ce succès de librairie avec Pierre Nora, figure majeure de l’édition française depuis maintenant plus de 40 ans. Déjà créateur de la collection « Archives » chez Flammarion, le jeune historien a rejoint Gallimard en 1965 pour s’occuper du secteur de la non fiction. Il y lance alors « la Bibliothèque des sciences humaines » dont les ventes des Mots et les choses assoient aussitôt la légitimité et la rentabilité. Cette célèbre collection se distingue notamment par sa couverture unifiée, similaire à celles de « la Bibliothèque des idées » ou de « la  Bibliothèque de philosophie » et qui sera reprise en 1971 pour la « Bibliothèque des histoires ». L’ouvrage de Foucault reste à ce jour la meilleure vente (116 000 exemplaires en 2006) d’un fonds riche de plus de 150 titres.

Franck Smith

Bibliographie :

  • Philippe SABOT. Lire les Mots et les Choses de Michel Foucault. Paris : PUF, 2014.
  • « Entretien avec Pierre Nora », in Entreprises et Histoire, n° 1, juin 2000, pp. 6-10.