Trésor du mois – Marie Curie : la radiologie et la guerre, 1921

Marie Curie, La radiologie et la guerre. Paris : Alcan, 1921. Provenance : dépôt légal du Ministère de l’Instruction publique, 1922. Cote : 8 T SUP 7333 RES.

Félix Alcan dirige depuis 1875 une maison d’édition savante solidement établie lorsqu’il confie en 1910 à Émile Borel, mathématicien et normalien comme lui, la direction de « la Nouvelle collection scientifique ». Fondée pour concurrencer la « Bibliothèque de philosophie scientifique » lancée par Gustave Le Bon chez Flammarion en 1902, cette collection de vulgarisation scientifique va aussitôt trouver son public et supplanter sa rivale en s’appuyant sur des auteurs bien implantés à l’Université, des scientifiques à même de proposer des synthèses rigoureuses sur des problématiques du moment, loin de tout esprit journalistique de compilation.

La collection, qui compte 25 titres en 1919, dont L’Aviation de Paul Painlevé ou Les Atomes de Jean Perrin drainent les meilleures ventes, va connaître un véritable succès sur la durée, s’enrichissant notamment de titres médicaux qui complètent une offre d’abord tournée vers la physique. Le tirage moyen des volumes atteint 3 300 exemplaires.

Marie Curie fait partie du cercle des intimes de Borel. Prix Nobel de physique en 1903 et de chimie en 1911, elle jouit d’une notoriété inégalée parmi ses pairs et dans le grand public ; elle entreprend d’ailleurs cette même année 1921 une tournée triomphale aux États-Unis. Avec La radiologie et la guerre, elle propose l’un des 4 titres de la collection suscités par la Première guerre mondiale. Elle y aborde l’application médicale des rayons X (découverts par Röntgen en 1895) et des propriétés ionisantes du radium (élément découvert par elle en 1898).

Limité avant 1914, l’emploi de la radiologie comme outil de diagnostic et outil thérapeutique va connaître un développement fulgurant pendant les années de guerre. Si l’emploi massif d’armes nouvelles a fauché des millions de soldats, il a aussi provoqué des blessures à une échelle encore inconnue. La multiplication de postes radiologiques fixes ou embarqués va favoriser de rapides progrès dans l’identification et la localisation d’objets métalliques comme les balles ou les éclats d’obus, la détection et le suivi de réduction des fractures osseuses, l’examen des lésions internes, par exemple pulmonaires.

 

Marie Curie rend compte également dans ce livre d’une expérience personnelle. Durant le conflit, elle se plaça en effet avec sa fille Irène au service de la Défense nationale ; installée dans l’Institut du radium, son école d’infirmières radiologistes contribua à former le personnel nécessaire au Service de santé militaire.

Franck Smith

Bibliographie : Valérie Tesnière, Le Quadrige. Paris : Presses universitaires de France, 2001.