Trésor du mois – L’horloge astronomique dite d’Oronce Finé

Horloge astronomique (ou planétaire) dite d’Oronce Finé. XVe-XVIe siècles. Bois doré, cuivre, laiton et émail. Hauteur : 2,15 m. Acquise par l’abbaye Sainte-Geneviève en 1695.

Depuis 1695, l’abbaye Sainte-Geneviève possède une célèbre horloge astronomique, ou planétaire, qui a orné la galerie de sa bibliothèque, avant d’être transférée en 1850 dans le nouveau bâtiment édifié par Labrouste pour la bibliothèque Sainte-Geneviève. Des horloges de ce type, quatre subsistent de nos jours ; les trois autres, qui sont du XVIe siècle, sont à Cassel, Dresde et Vienne. Celle de Sainte-Geneviève est la plus ancienne pour le mécanisme (Allemagne du sud, fin XVe siècle ?) ; elle est la seule de forme pentagonale et non carrée comme les autres, la seule également « en état de fonctionner ».

Le grand mathématicien Oronce Finé la découvre à Metz et la propose au cardinal Charles de Lorraine (1524-1574), archevêque de Reims et frère de François, duc de Guise. Pour le cardinal, il répartit les cadrans sous une forme pentagonale et ajoute le cadran dit « astrolabe » qui permet d’identifier la maison astrologique du moment – le goût pour l’astrologie est le seul intérêt commun entre le cardinal et la reine-mère Catherine de Médicis qui le haïssait. Au-dessus de l’horloge, un petit globe de cuivre tournant une fois par jour représente la voûte céleste avec la position des étoiles et des constellations. Les dix cadrans correspondent aux « sept planètes » (dont le Soleil), à « l’astrolabe », au cadran horaire, orné de « grottesques », et au cadran du « dragon » (pour les éclipses). Chaque cadran planétaire tourne au rythme des mouvements propres à sa planète ; il faut ainsi trente-deux ans pour que l’aiguille de Saturne retrouve sa place d’origine ! Le décor peint sur cuivre (ou laiton doré) date du XVIe siècle.

Le piédestal en bois doré avec ses griffons sculptés est daté du début du XVIIe siècle, époque où l’amateur qui possède l’horloge, un certain Lumagne de Villiers, la fait transformer. D’horloge à ressort, elle devient horloge à pendule, le poids étant dissimulé dans la colonne centrale.

Ce sont sans doute les Cassini qui attirèrent l’attention de l’abbaye Sainte-Geneviève sur cette horloge qu’ils ont examinée à plusieurs reprises. Le chanoine bibliothécaire, Nicolas Sarrebourse, l’acquiert en 1695. Sans faire à proprement parler partie du cabinet de curiosités à peine inauguré, elle accompagne la politique d’acquisition d’objets scientifiques et historiques par la bibliothèque de l’abbaye. Restaurée au début du XIXe siècle puis à nouveau entre 1948 et 1968, elle fonctionne en partie grâce à une électrification. Classée monument historique en octobre 1944, elle est l’un des objets les plus précieux de la bibliothèque.

Yannick NEXON

Denise HILLARD et Emmanuel POULLE. Oronce Finé et l’horloge planétaire de la bibliothèque Sainte-Geneviève. Paris, 1971.