Trésor du mois – Les souvenirs romains du peintre Thomas

THOMAS, Antoine Jean-Baptiste. Un an à Rome et dans ses environs : recueil de dessins lithographiés représentant les costumes, les usages et les cérémonies civiles et religieuses des Etats romains. Paris, F. Didot, 1823. 44 p., 72 f. de pl. ; in-folio. FOL Z 720 INV 682 RES

Peintre français, Antoine Jean-Baptiste Thomas (1791-1834 ?) remporte le prix de Rome en 1816. Lors de son séjour de deux ans à l’Académie de France, à la Villa Médicis, il arpente la Ville et ses environs, croquant dans ses carnets les scènes de la rue, les fêtes et les cérémonies religieuses, les silhouettes et les animaux. Les lithographies de Villain reproduisent à la perfection la sûreté du dessin et la richesse des détails. Dans l’exemplaire récemment acquis par la bibliothèque Sainte-Geneviève, toutes les planches ont été coloriées avec minutie et poésie.

 

La Rome de 1816 n’est plus que la petite capitale provinciale et ruinée des Etats pontificaux. L’Eglise y fait régner son ordre moral : les blasphèmes y sont punis par l’exposition au pilori. La vie quotidienne est rythmée par nombre de cérémonies religieuses qui donnent lieu aux débordements festifs de la population  : l’Epiphanie ( la « Befana »), le Carnaval, la Saint-Joseph, etc. Malgré le carcan rigoriste, la rue est pleine de vie et constitue un spectacle que la bonne société contemple depuis les balcons clos de ses palais. Le Corso sert de théâtre, une fois l’an, à la course des « barberi » (chevaux barbes). Le Colisée est un lieu de prédication ou de processions ; on inonde la place Navone pour y patauger en société en souvenir des anciennes naumachies.
On part en bonne compagnie goûter aux plaisirs terrestres du Testaccio. Feux d’artifices et feux de Bengale embrasent le château Saint-Ange dans le grand éventail du ciel romain. Enfin, dans la campagne ravagée par la malaria, rôdent les fameux brigands romains. Tout ce « folklore » qui est cité généreusement par les voyageurs de l’époque subsiste en grande partie aujourd’hui, au moins dans la mémoire des « vieux Romains ».

Thomas n’a jamais retrouvé dans les peintures officielles de sa brève carrière le coup d’œil de ses années romaines, la vivacité du trait et le charme des scènes de genre. Il a fait de cet album un monument, au sens étymologique, de son bref séjour romain. « On ne quitte jamais Rome » concluait le président de Brosses, converti tardif à la volupté romaine. Plus près de nous, Julien Green disait : « Qui a connu et aimé Rome dans sa jeunesse, ne l’oubliera jamais ». Le destin de Thomas n’a pas répondu à la promesse de l’aube.

Yannick NEXON

 

 

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