Trésor du mois – Les explorations scientifiques d’un aristocrate écossais

William HAMILTON, Campi phlegraei : observations on the volcanos of the two Sicilies as they have been communicated to the Royal Society of London by sir William Hamilton,… Naples, Peter Fabris, 1776. 2 vol. in-folio. FOL ZZ 276 (2-3) INV 457-458 RES

Aristocrate d’origine écossaise, diplomate et collectionneur d’art, William Hamilton (1731-1803) trouve en Naples, séjour de sa première mission diplomatique en 1763, le lieu idéal pour ses passions. A quelques voyages près, il reste en poste jusqu’en 1800 dans ce qui est alors la troisième ville d’Europe. La vie est agréable et instructive sous le Vésuve qui connaît alors trois éruptions (1767, 1779 et 1794) ; les amateurs de « Grand Tour » suivent l’ambassadeur sur les chantiers archéologiques ; on redécouvre Pompéi et Herculanum et on fouille les tombes à la recherche de vases grecs et de terres cuites.

Sir William qui trompe par d’inlassables curiosités un ennui atavique, publie à ses frais un catalogue de sa première collection de vases grecs, avant de la vendre au British Museum. Élu membre de plusieurs sociétés dont la Royal Society de Londres (1772), il accomplit 65 fois l’ascension du Vésuve, fait recenser l’activité du volcan, dessine lui-même ses relevés et envoie des articles scientifiques à Londres. En 1776, il finance la publication en deux somptueux volumes de ses observations ; le tome 1 contient le texte de ses articles ; le tome 2, une magnifique suite de gravures commandées au peintre anglo-napolitain, Pietro Fabris. Chacune des 54 planches originales est rehaussée de gouache par les « vedutistes » napolitains qui savent rendre les coloris vaporeux de la baie de Naples aussi bien que les forts contrastes entre le feu de l’éruption, la nuit noire ou la campagne enneigée. Le parti esthétique n’empêche jamais la précision scientifique des détails.

Ces volumes qui ont presque ruiné leur auteur, n’en ont pas moins fortement contribué à répandre le goût néo-antique. Ceux qui subsistent aujourd’hui, dans les collections publiques (trois exemplaires à Paris), sont bien souvent des exemplaires de présent. Celui de la Bibliothèque Sainte-Geneviève est celui du pape Pie VI, judicieusement rapporté de Rome par Daunou qui l’a confisqué dans la collection personnelle du pape en 1799. Il porte une reliure en maroquin rouge à grand décor doré, aux armes peintes du souverain pontife.

Lors d’un de ses séjours à Londres, Hamilton rencontre la fiancée de son neveu, Emma Lyon, qui à 18 ans a la réputation d’être la plus belle femme du royaume. Invitée à Naples pour un séjour « touristique » en 1786, Emma Lyon finit par épouser sir William en 1791. La nouvelle « Lady Hamilton » devient la maîtresse de Nelson en 1799. Tous deux sont au chevet de William Hamilton quand celui-ci meurt, à peu près ruiné, à Londres en 1803.

Yannick NEXON

Les fureurs du Vésuve ou L’autre passion de William Hamilton, Paris, Gallimard, 1992 (Découvertes Gallimard).

L’exemplaire des Claremont College digital libraries est numérisé. Voir aussi la sélection « Les volcans d’Hamilton« , sur le site « Mémoire vive » (patrimoine numérisé de Besançon), et le Livre du mois d’octobre 2007 de l’Université de Glasgow.