Trésor du mois – Le premier manuel moderne d’équitation

Document : PLUVINEL (Antoine de). L’Instruction du roy en l’exercice de monter à cheval par Messire Antoine de Pluvinel,… lequel respondant à Sa Maiesté luy faict remarquer l’excellence de sa méthode… le tout enrichy de grandes figures en taille-douce… desseignees et gravees par Crispian de Pas le jeune . – A Paris : chez Pierre Rocolet, 1627.- 2° (FOL W 478 INV 676 RES).

Louis XIII L’équitation est un art pratiqué par la noblesse de temps immémorial. Art de guerre, art de chasse, art de parade, elle fait donc partie de l’instruction d’un futur souverain. Très tôt de nombreux livres ont été consacrés aux soins à apporter aux chevaux (hippiatrie) et aux manœuvres du cavalier (manèges). Antoine de Pluvinel (1552-1620) adopte en France les méthodes italiennes des académies équestres. Pour lui l’équitation est une manière de se tenir et touche à la danse. Quant au cheval, c’est un être sensible et intelligent dont il faut maîtriser la psychologie : « Il fault estre avare des coups et prodigue des caresses ». Compagnon d’Henri IV qui adore les chevaux, il forme le jeune Dauphin, futur Louis XIII. De son expérience, il compose un traité resté manuscrit à sa mort.

Une première édition fautive paraît en 1623 sous le titre de Maneige royal. Elle est déjà ornée de splendides gravures sur cuivre rehaussées d’eau-forte dues aux frères flamands de Passe, Crispin et Simon. En 1625, René de Menou de Charnizay, l’un des élèves du maître, publie un texte plus complet sous le titre : L’Instruction du roy en l’exercice de monter à cheval. On reprend à cette occasion les gravures précédentes. En 1627, un retirage est publié par Pierre Rocolet, toujours avec les mêmes 57 gravures. Quatre portraits gravés sont ajoutés : ceux de René de Menou, de Pluvinel, du jeune Louis XIII et du duc de Bellegarde, grand écuyer de France. Le texte est un entretien entre Pluvinel et son élève, le roi.

Saut d'obstacle

Beau volume très tôt collectionné, il n’est pas rare dans les bibliothèques mais l’exemplaire de la Bibliothèque Sainte-Geneviève est exceptionnel à plusieurs titres. Conservé dans sa reliure en parchemin à motif central doré et dos plat d’origine, il porte une dizaine de lignes manuscrites qui permettent d’identifier le possesseur : Jean Emmanuel de Rieux, marquis d’Assérac (1605 ? -1657), un noble breton de l’entourage du duc de Montmorency, cavalier libertin dans sa jeunesse, curieux d’astrologie, de belles lettres et de théologie. L’anecdote écrite au premier feuillet raconte comment le cheval du marquis de Belle-Isle mourut de tristesse après la mort de son maître. Les gravures de cet exemplaire sont aquarellées avec un grand talent, une fraîcheur de coloris et des touches d’or qui mettent en valeur l’élégance du trait. On note la présentation baroque en tableaux qui se succèdent comme sur une scène de théâtre monumentale, la poésie des fonds de scène (la cour du Manège au Louvre, les écuries des Tuileries) et la personnalisation des visages (une légende donne leur nom).

Ce livre marque une étape dans l’histoire de l’équitation. Il sera réédité et utilisé jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.

Yannick Nexon

Bibliographie :

Marianne GRIVEL, French prints from the age of the musketeers, exhibition…. – Boston : Museum of fine arts, 1998.

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