Trésor du mois – La Tour de l’Horloge

Charles Meryon, La Tour de l’Horloge, eau-forte, 1852. 26 x 18,8 cm, 6e état, imp. Auguste Delâtre. Cote : COLL GUEN ICONO TOPO 6 RES (13).

Un fonds de représentations du Palais de Justice et de la Conciergerie (Palais de la Cité), provenant de la collection iconographique léguée à la Bibliothèque Sainte-Geneviève en 1874 par l’archéologue Louis-Jean Guénebault (1789-1878), est actuellement en cours de numérisation dans le cadre du projet de « musée virtuel de la Justice » mené par Sciences Po et le CNRS pour offrir une visite virtuelle du Palais de Justice de Paris.

Parmi ces pièces une estampe de Charles Meryon (1821-1868), intitulée La Tour de l’Horloge, laisse un témoignage de cette tour juste avant sa restauration. Elle appartient à la série des « Eaux-fortes sur Paris », qui donne un aperçu du Vieux Paris au moment des démolitions et des transformations du baron Haussmann. Avant de graver sa plaque de cuivre à l’eau-forte et de la publier en 1852, Meryon avait réalisé des esquisses pour cette estampe alors que la tour et la Conciergerie faisaient l’objet d’une restauration complète comme en témoignent les échafaudages.

Edifiée au milieu du XIVe siècle par Jean II le Bon à l’angle nord-est du palais de la Cité, en bordure de Seine, haute de 47 mètres, dominée par un lanternon, cette tour massive joua d’abord un rôle de guet pour la sécurité du palais ; elle accueillit dès 1370 la première horloge publique de Paris. Comme l’atteste sur l’estampe la cage de verre qui la masque complètement, cette horloge était alors, en 1852, en cours de restauration, ainsi que les deux grandes figures allégoriques qui l’encadraient, représentant la Loi et la Justice, bûchées sous la Révolution.

A la minutie et à la précision du trait, Meryon allie un savant jeu de clair-obscur : l’ancien Pont-au-Change (démoli en 1858) au premier plan, la tour de l’Horloge et le haut de la façade donnant sur le boulevard du Palais sont en pleine lumière, tandis que la péniche, sous les arches du pont, tirée par la corde d’un remorqueur hors champ, est plongée dans l’ombre, ainsi que toute la façade sur la Seine, hérissée de cheminées qui fument, et des trois autres tours de la Conciergerie (d’Argent, de César et Bonbec).

Jocelyn Bouquillard

Bibliographie :

  • Loys Delteil, Le Peintre-graveur illustré, vol. II, Meryon, 1907, n° 28
  • Gustave Geoffroy, Charles Meryon, Paris, 1926, p. 70
  • Jean Ducros, Charles Meryon : officier de marine, peintre-graveur, 1821-1868, Musée de la Marine, Paris, octobre 1968-janvier 1969 (notice n° 719)