Trésor du mois – La maquette de la corvette L’Aurore

Maquette de la corvette L’Aurore. 1768-1769. L 2,14 m x l 0,48 m. Donnée à l’abbaye Sainte-Geneviève par le marquis de Courtanvaux, fin du XVIIIe s.

En 1767, l’Académie des sciences propose pour sujet d’un prix la construction de montres marines destinées à déterminer les longitudes en mer. Pour éprouver les instruments présentés à ce concours, l’Académie décide d’organiser une expédition scientifique et en charge l’un de ses membres, François-César Le Tellier, marquis de Courtanvaux (1718-1781). Ce dernier fait construire à ses frais au Havre un bateau spécialement conçu pour ces observations. Le dessin et les plans du navire sont de l’ingénieur géographe Nicolas-Pierre Ozanne, l’exécution, de Jean-Philippe Bonvoisin. Ce vaisseau, baptisé L’Aurore, doit pouvoir manœuvrer rapidement par grosse mer et loger des savants et leurs instruments dans de bonnes conditions. Ce modèle unique est appelé, faute de mieux, « corvette » et parfois à tort « frégate » (les frégates contemporaines sont deux fois plus longues).

L’Aurore prend la mer le 13 mai 1767, emportant à son bord le marquis de Courtanvaux lui-même ainsi que des savants dont les astronomes Charles Messier et Alexandre-Gui Pingré. Ce dernier, qui est aussi chanoine bibliothécaire de l’abbaye Sainte-Geneviève, est connu pour ses précédents voyages scientifiques et pour ses observations astronomiques dont de nombreuses archives témoignent parmi les manuscrits de la Bibliothèque. L’expédition est courte puisqu’elle a lieu de mai à août 1767, du Havre à Amsterdam, par la mer du Nord et par le Zuiderzee. La corvette, ayant rempli sa mission, est vendue au roi en 1769 ; on en perd alors la trace.

Le marquis de Courtanvaux, pour garantir le souvenir de sa munificence, fait exécuter dès 1768 par Poidecœur, menuisier au Havre, un modèle à l’échelle « de pouce pour pied ». Le gréement est l’œuvre de Chopin, maître d’équipage dans l’expédition de 1767. Contrairement aux dates portées sur l‘inscription peinte sur la coque, la maquette n’est terminée qu’à la fin de 1769. Elle est offerte par Courtanvaux au père Pingré et « à Messieurs de l’abbaye royale de Sainte-Geneviève de Paris pour être gardée par eux et placée dans leur bibliothèque ».

L’importance historique de la maquette provient de sa taille exceptionnelle, de l’originalité de la construction elle-même et du luxe de l’exécution. Des décors intérieurs sont attestés avec des boiseries peintes et rehaussées d’or ; un mobilier à l’échelle existait encore au XIXe siècle. La Bibliothèque conserve, en plus de la maquette, une dizaine de documents manuscrits et imprimés sur l’expédition (journal de bord, observations astronomiques…) et sur la construction même du modèle.

Restaurée en 1878, puis à nouveau en 1976, la maquette nécessite une nouvelle intervention ainsi qu’une présentation respectant de meilleures conditions de conservation. La bibliothèque Sainte-Geneviève est à la recherche des financements nécessaires.

Yannick NEXON

Bibliographie

Gérard Delacroix. Corvette « L’Aurore » conçue par Nicolas Ozanne, réalisée par le constructeur Bonvoisin (1766-1775). Paris, ANCRE, 2000 (Archéologie navale française). En vente chez ANCRE.

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