Trésor du mois – La chaise Labrouste

Chaise Labrouste, MS 4273 (27)Bien que son nom soit associé aux débuts de l’architecture métallique et en dépit de sa rupture avec le néoclassicisme de la Restauration, Henri Labrouste (1801-1875) est, par sa formation, un « romain ». Prix de Rome en 1824, pensionnaire de la Villa Médicis jusqu’en 1830, il a aussi parcouru l’Italie en tous sens et dessiné avec un bonheur égal des édifices issus des architectures civile, militaire ou religieuse.

Il gardera de cette expérience italienne un goût prononcé pour l’Antique que l’on retrouve notamment dans le dessin des tables, chaises et fauteuils qu’il réalise pour la Bibliothèque Sainte-Geneviève.

Lorsque la construction de l’édifice lui est confiée en 1842, il s’agit de la première réalisation où il peut donner toute la mesure de son génie. La construction de la Bibliothèque s’étale sur six années au cours desquelles Labrouste veille à tout. Il fournit des plans très détaillés de la structure, mais aussi des schémas et des dessins de chaque élément de décor car, pour lui, le travail de l’architecte ne s’arrête pas à la construction de l’édifice, mais il comprend aussi tout l’aménagement mobilier des salles.

Il note dans son Journal des travaux [1] toutes les étapes du chantier. Ainsi, à la date du 22 janvier 1850, on apprend qu’il travaille aux dessins d’exécution des tables et des chaises, lesquelles sont livrées le 19 avril de la même année.

Labrouste envisage la Bibliothèque comme étant « d’une grande simplicité, d’un caractère sévère et grave ». Cet ascétisme transparaît dans le mobilier, comme le pointe Neil Arthur Levine dans la thèse qu’il a consacrée à la BSG : « Les tables et les chaises à la Bibliothèque Sainte-Geneviève sont aussi dures qu’est rigoureuse la définition de l’espace où elles se trouvent. Les chaises vous coupent au milieu du dos et vous font réaliser que nous ne nous asseyons plus aussi vissés droits sur nos chaises que ne le faisaient nos ancêtres au milieu du dix-neuvième siècle [2]».

Il reste aujourd’hui une centaine de chaises d’origine dans la Bibliothèque.

Virginie Rose


[1] Henri Labrouste, Journal des travaux relatifs à la construction de la bibliothèque Sainte-Geneviève, 1843-1851. MS 3910

[2] Neil Arthur Levine, Architectural reasoning in the age of positivism : the neo-grec idea of Henri Labrouste’s bibliothèque Sainte-Geneviève. Yale University, 1975. Cote : 4 ZZ SUP 2260 (3) RES

Cf. les versions numérisées du Journal des travaux et du dessin de la chaise sur le Catalogue en ligne des archives et des manuscrits de l’Enseignement supérieur :
« Henri labrouste. Plans et dessins relatifs à la construction et au décor de la bibliothèque Sainte-Geneviève. Chaise (dessin d’exécution). MS 4273 (27). »