Trésor du mois – Cent quatorze cartonnages romantiques

De 1840 à 1890 sont publiés par les principales maisons d’édition catholique françaises des volumes de présent destinés aux enfants. Ils associent à un texte très indigent mais moralement irréprochable des couvertures en cartonnages décorés qui ont pris le nom de « cartonnages romantiques ». Ils ne correspondent pas avec la période littéraire. Ces maisons sont le plus souvent en province : Mame à Tours, qui produit à lui seul la moitié de la production, Ardant et Barbou à Limoges, Lefort à Lille, Mégard à Rouen, etc. À Paris, la dispersion des maisons est plus grande : Lehuby, Dézobry, Marcilly entre autres. Il n’y a guère à s’attarder sur les textes qui ne sont pas confiés à de vrais auteurs. Au mieux on trouvera un abrégé d’un classique, au pire de charitables histoires racontées par des dames de la bonne société.

L’intérêt de cette production tient à sa décoration, même si la plupart du temps les détails en sont élaborés par les cartonniers relieurs plus que par les éditeurs eux-mêmes. Ces volumes, qui s’adressent aux enfants des écoles, alors en majorité catholiques, rejoignent au catalogue de leur éditeur les livres de piété et de liturgie. Ils sont destinés à être des cadeaux, plus souvent exposés sur une étagère que lus. Le cartonnage s’inspire dans un premier temps des boîtes de confiserie ou de dragées, avec une couverture de papier gaufré doré. Le décor peut également être estampé à froid et garni de filets dorés à l’imitation des livres reliés en cuir. Puis le cartonnage est découpé pour délimiter un médaillon central (d’où le nom de « cartonnages à médaillon ») dans lequel est insérée une vignette, le plus souvent une Lithographie en couleur. De façon surprenante, la vignette peut n’avoir aucun rapport avec le thème de l’ouvrage.

De tels cartonnages, objets fragiles, se sont détériorés au fil du temps. Cela explique en partie leur rareté dans les bibliothèques publiques. La Bibliothèque nationale recevait des exemplaires par dépôt légal, de l’éditeur lui-même et avant le travail du cartonnier. Chaque titre paru possédait d’ailleurs quatre ou cinq présentations différentes, depuis la reliure basane jusqu’au simple cartonnage non décoré. Après la bibliothèque municipale de Lyon qui a reçu en don une importante collection, la bibliothèque Sainte-Geneviève vient d’acquérir un ensemble de 114 volumes.

Un choix de ces volumes est exposé de septembre à décembre 2016. Sont également présentés des cartonnages produits par les éditeurs Hetzel et Hachette recouvrant des œuvres commandées à de vrais auteurs et destinées à instruire et divertir. Le décor du cartonnage devient alors l’insigne de la collection et prend une valeur publicitaire. C’est le cas des fameux décors créés pour les romans de Jules Verne.

Yannick Nexon

Bibliographie

  • Malavieille, Sophie, Reliures et cartonnages d’éditeur en France au XIXe siècle (1815-1865). Promodis, 1985.
  • Verdure, Élisabeth, Cartonnages romantiques 1840-1870, un âge d’or de la reliure du livre d’enfant. S. Bachès, 2008 (présentation de la collection donnée par l’auteur à la BM de Lyon).