Procession de la châsse de Sainte Geneviève : cérémonial

Procédant d’un cérémonial strict, les processions solennelles réunissaient, autour d’une même cause, le clergé, épiscopal et abbatial, les grands corps de l’Etat, la population de Paris. L’archevêque de Paris et l’abbé de Sainte-Geneviève ne pouvaient organiser de procession qu’à la suite d’un arrêt du Parlement les y autorisant expressément. Deux jours avant la procession, un jeûne général était ordonné, et la veille, au cours d’un office particulier, on procédait à la descente de la châsse de son piédestal au moyen de cordes et de poulies, scène évoquée dans l’estampe d’Abraham Bosse.

Après une oraison dite en l’église abbatiale, le cortège quittait l’abbaye Sainte-Geneviève selon un ordre protocolaire immuable. L’eau-forte de Nicolas Cochin, représentant la procession de 1652 ordonnée pour mettre fin aux troubles de la Fronde et rétablir la paix, est à ce sujet particulièrement instructive :

– en tête du cortège, les Augustins et les ordres mendiants (Cordeliers, Jacobins et Carmes),

– le clergé séculier de certaines églises parisiennes, avec leurs bannières et reliquaires (notamment ceux de saint Magloire, sainte Opportune, saint Honoré, saint Benoît),

– portée par les orfèvres, la châsse de saint Marcel,

– au cœur de la procession, les porteurs de la châsse de sainte Geneviève,

– suivis de l’abbé de Sainte-Geneviève et de ses religieux nus pieds,

– auxquels succèdent l’archevêque de Paris et les chanoines de Notre-Dame,

– enfin les membres des cours souveraines venus en habit de cérémonie : Parlement, Chambre des Comptes, Cour des Aides,

– en queue du cortège, le Gouverneur de Paris, les officiers de la Ville, suivis de la population.

 

A l’arrivée à Notre-Dame, une messe solennelle était chantée, puis la procession repartait vers l’abbaye, l’ordre protocolaire étant alors inversé. L’estampe exposée de Jean Lepautre gravée en 1679 en est une illustration.

Notons que François Jollain réutilisa quinze ans plus tard la plaque de cuivre de Lepautre pour de nouveaux tirages, une procession ayant en effet été organisée en 1694 pour cause de sécheresse persistante. Ce type de réemploi pour des manifestations ultérieures était assez courant, les graveurs ayant coutume d’effectuer des tirages modernes de gravures plus anciennes, en modifiant éventuellement la légende.

C’est d’ailleurs à la suite de cette procession, qui vit, dit-on, la pluie tomber, que le prévôt des marchands et les échevins de Paris commandèrent à Nicolas Largillière un ex-voto, exécuté en 1695, Sainte Geneviève intercédant pour faire tomber la pluie, tableau conservé à Saint-Etienne-du-Mont.

Suite : Sainte Geneviève et l’abbaye éponyme

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