Trésor du mois de juin 2017

  « Une grande simplicité, un caractère sévère et grave »

La bibliothèque Sainte-Geneviève en ses façades

Édifiée par Henri Labrouste entre 1843 et 1850, la bibliothèque Sainte-Geneviève s’inscrit dans une proximité aussi symbolique que géographique avec le Panthéon, monument de sacralité laïque voulu comme tel par Louis-Philippe dès 1830. Voisinage signifiant, entre l’universalité de la culture écrite et la célébration des grandes figures nationales, au sommet de la « colline inspirée  » que constitue la Montagne Sainte-Geneviève.

« La structure mise en lumière » : ainsi fut récemment résumée la philosophie constructive de l’architecte. La façade de la bibliothèque manifeste à elle seule la pertinence de cet intitulé.

L’atteste dès l’abord sa structuration verticale, qui épouse l’organisation fonctionnelle intérieure : un rez‑de‑chaussée assis sur un soubassement et affecté au stockage des livres ; un niveau supérieur largement éclairé, dévolu à l’étude.

Au centre  l’entrée, « porte étroite » qui sacralise l’ensemble de l’édifice. À l’instar de celle qui lui fait face au transept nord du Panthéon, la porte de bronze a été coulée par le fondeur Simonet dont le fils deviendra élève de Labrouste. L’édicule en forme de faux portique engagé qu’envisageait le projet initial fut rapidement abandonné, au profit de deux candélabres en bas-relief évoquant l’ouverture nocturne instaurée dès 1838.

Le dispositif ornemental des façades, auquel l’architecte s’attelle dès la fin de l’élévation et des ravalements au printemps 1848, participe lui aussi du lien constitutif entre fonction et décor.

Les patères en fonte qui rythment les façades servent de terminaison aux poutres métalliques qui supportent le plancher de l’étage et du comble. Si au niveau supérieur elles affectent la forme de  simples têtes d’écrous, la rangée intermédiaire se décline en médaillons au centre desquels s’entrelacent, dorées, les lettres SG : leitmotiv du lexique ornemental utilisé par Labrouste à la bibliothèque Sainte-Geneviève.

La théorie des guirlandes, courant sur les façades du Panthéon comme sur celles du bâtiment d’administration et du collège Sainte-Barbe (aujourd’hui bibliothèque Cujas) inscrit le bâtiment dans son contexte urbanistique.

Le faîte du bâtiment dissimule le chéneau derrière les volutes d’une corniche en terre cuite, moins chère et plus légère que la pierre.

En juillet 1848, Labrouste conçoit l’idée d’une façade parlante : il élabore et fait graver dans les entablements des arcades, comme sur autant de pages, une liste de huit cent dix noms illustrant le cheminement culturel de l’humanité depuis les temps bibliques, de Moïse au chimiste suédois Berzelius (mort le 7 août 1848). Programmatique, ce Catalogue monumental annonce les collections auxquelles le bâtiment sert d’écrin : il renvoie aux rangées de livres qui lui sont adossées et en illustre l’encyclopédisme. Il évoque par ailleurs la philosophie contemporaine d’Auguste Comte, dont le Calendrier positiviste paraîtra l’année suivante. Il renvoie enfin, en l’universalisant, à son  prestigieux et national vis-à-vis : le Panthéon.

Marie-Hélène de La Mure

  Voir aussi…

– Henri, LABROUSTE, Plans et dessins relatifs à la construction de la Bibliothèque Sainte-Geneviève. Cote : BSG Ms. 4273.

– Frédéric BARBIER, « Autopsie d’une façade », dans Des palais pour les livres. Labrouste, Sainte-Geneviève et les bibliothèques, dir. Jean-Michel Leniaud, Paris, Maisonneuve et Larose, bibliothèque Sainte-Geneviève, 2002, p. 82-93

– Marie-Hélène de LA MURE, Genèse d’une façade, un itinéraire graphique à travers les dessins d’Henri Labrouste : exposition virtuelle consultable à l’adresse  http://www.bsg.univ-paris3.fr/ExposVirtuelles/expofacade/expo_facade_3.html