La salle de lecture Labrouste

La grande salle de lecture, par l’ampleur de ses proportions, l’originalité de sa couverture et une parfaite adaptation à ses fonctions, est une des plus grandes réussites d’Henri Labrouste, qui pourtant ne disposait d’aucun précédent pour établir cette partie du projet. On peut penser que la disposition en deux nefs s’inspire du réfectoire de l’ancienne abbaye de Saint-Martin-des-Champs que son ami Vaudoyer aménageait alors en bibliothèque.

Un plafond soutenu par des piliers avait d’abord été envisagé. Mais l’attitude ouverte du Conseil général des bâtiments civils permit à Labrouste de le remplacer dès 1840 dans ses projets par une structure de fonte sur colonnes supportant dans un premier temps un plafond à caissons, puis finalement deux voûtes contiguës. L’architecte espérait par ce procédé accentuer la pénétration de la lumière, largement dispensée par 41 fenêtres jusqu’au moindre recoin de la salle.

Le Conseil avait laissé Labrouste choisir entre une voûte ou une structure de fer pour soutenir le plancher de l’étage. C’est cette dernière solution qui fut retenue. Cette partie ne présenta pas de difficulté majeure dans sa réalisation.

La fonte des grands arcs, considérés pour la première fois comme partie intégrante de la décoration de la salle, fut autrement plus délicate. Labrouste travailla aux dessins et aux modèles d’exécution avec le concours du serrurier Roussel et du fondeur Calla. Il y eut plusieurs prototypes dont on testa la résistance avant le choix définitif. La structure en fer du comble repose directement sur chacun des grands arcs. Entre les arcs, un réseau de poutrelles et un maillage de fil-de-fer servent de support au lit de stuc.

Le décor peint reste discret, tout juste présent pour mettre en valeur les livres qui doivent seuls retenir l’attention. Le décor sculpté, aussi discret, se résume aux têtes du Jour et de la Nuit placées par Louis Desprez sur des gaines aux piliers extrêmes des deux moitiés de l’axe. Quatre colonnes ornées de motifs de stuc s’élèvent aux angles de la galerie. Les grandes armoires de chêne de l’atelier Mathérion ne s’ornent de quelques motifs que sur leurs faces latérales. Certaines ont disparu, qui meublaient l’axe de la salle, entre les colonnes. D’autres aménagements, dont la réorientation des tables de consultation, ont été pratiqués pour accroître la capacité d’accueil de la salle. Il reste encore plusieurs centaines de chaises établies sur le dessin de l’architecte, à la fois classiques dans leur décor de bois tourné et modernes dans leurs proportions. Deux pièces maîtresses marquent l’entrée : le sas, établi autour de la tapisserie L’Étude surprise par la nuit (tissée en 1853 aux Gobelins sur un carton des frères Balze) qui en détermina les proportions ; le bureau du bibliothécaire dont l’aspect d’origine est passablement altéré par divers ajouts.

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