Histoire des collections

C’est en 1850, à l’occasion du déménagement de la Bibliothèque Sainte-Geneviève dans le nouveau bâtiment conçu par Henri Labrouste, que la Réserve est devenue un département distinct. Un espace propre lui est réservé au rez-de-chaussée. D’abord consacrée aux manuscrits, aux incunables, aux estampes et à quelques ensembles bibliographiques comme les éditions aldines ou elzévieriennes, la Réserve accroît progressivement ses collections par sélection dans le Fonds général de la Bibliothèque. En 1970 tout le Fonds ancien de la Bibliothèque, antérieur à 1811, lui est confié.

Depuis le XIXe siècle, les collections de la Réserve se sont également accrues grâce aux dons et legs, aux attributions provenant de diverses institutions, aux échanges et aux achats.

Les bibliothèques particulières entrées par le biais de donations présentent souvent l’intérêt d’une orientation dans une discipline ou un domaine bibliographique particuliers. Ainsi, le legs de l’abbé Étienne-Henry Delaunay, curé de Saint-Étienne-du-Mont, a apporté en 1880 à la Bibliothèque une collection de plus de 1 000 éditions de l’Imitation de Jésus-Christ (datées de 1476 à 1880) et d’ouvrages se rapportant à ce texte qui, né de la Devotio moderna, fut certainement le plus lu après la Bible depuis la fin du Moyen Age. Les fonds se sont également enrichis en 1890 des éditions littéraires du XVIe au XVIIIe siècle rassemblées par Ernest Augé, ainsi que de la bibliothèque luso-hispanique de Ferdinand Denis. En 1919, la Réserve a reçu les livres de la bibliothèque constituée par Louis-Prosper Guénin, qui fut sténographe du Sénat : cette collection de 1 100 volumes, entièrement consacrée aux systèmes tachygraphiques, constitue une documentation incomparable sur les écritures abrégées, depuis les notes tironiennes jusqu’aux procédés sténotypiques. Citons encore le don des héritiers de Jenny de Margerie (1991), qui est à l’origine d’une collection consacrée à Rainer Maria Rilke (éditions et traductions des œuvres, ouvrages de critique), et celui des héritiers de Pierre Brisson (1992), directeur du Figaro, constitué d’éditions originales d’écrivains français du début du siècle (Jean Cocteau, Léon-Paul Fargue, Marcel Jouhandeau, etc.), toutes accompagnées d’envois autographes.

En vertu d’une loi de finances du 30 mars 1888 qui supprimait les bibliothèques des Palais Nationaux, la Bibliothèque Sainte-Geneviève a été attributaire d’environ 4 000 volumes, provenant des bibliothèques de Versailles et de Trianon, ainsi que du cabinet particulier constitué par Napoléon à Compiègne. Après la loi de séparation des Églises et de l’État (1905), elle reçut encore 5 000 volumes saisis dans la bibliothèque du séminaire de Saint-Sulpice.

Des acquisitions onéreuses, enfin, sont couramment effectuées. D’heureuses circonstances ont notamment permis d’intégrer aux collections des pièces qui y ont incontestablement leur place, comme un graduel férial à l’usage de l’église de Sainte-Geneviève enluminé en 1709 par Gabriel Raveneau, acquis en 1988, ou un collectaire calligraphié par Jacques Cousinet pour l’abbé génovéfain François Blanchart, acquis en 1989.