Trésor du mois de novembre 2017

Le portrait de Labrouste gravé par Dien d’après Ingres

Monsieur Labrouste architecte. Ingres del. M.-F. Dien sculp.

Lithographie, Paris, 1852, 30 x26,4 cm
Cote : EST ENCADRÉE 35 RES.

Ce portrait, lithographié par Claude-Marie-François Dien (1787-1865), représente Henri Labrouste (1801-1875) assis, dans une pose songeuse et déterminée ; il a été réalisé en 1852 d’après un dessin1 qu’un groupe de plus de cent élèves du célèbre architecte avaient commandé au fameux peintre néo-classique Jean-Dominique Ingres (1780-1867)2. Prix de Rome, pensionnaire de l’Académie de France à Rome de 1825 à 1830, Labrouste venait alors d’achever la construction de la bibliothèque Sainte-Geneviève ; il dispensait un enseignement dans son atelier parisien (ouvert de 1832 à 1857), prônant parmi les premiers la doctrine rationaliste et fonctionnaliste : la forme d’un édifice doit être appropriée à sa fonction et subordonnée aux matériaux de construction. Son emploi novateur et esthétique du fer et de la fonte lui permet d’alléger les supports des salles de lecture de la bibliothèque Sainte-Geneviève (1838-1850) et de la Bibliothèque nationale (1854-1875), tout en masquant à l’extérieur la structure métallique apparente à l’intérieur.

Ce portrait témoigne de la proximité et de l’étroite collaboration de trois grands artistes, le dessinateur, le graveur et l’architecte, qui ont tous séjourné à la Villa Médicis : Ingres fut pensionnaire de l’Académie de France à Rome de 1806 à 1810 (qu’il dirigea ensuite de 1835 à 1841), où il fit la connaissance de Dien, qui venait de remporter le prix de Rome en 1809.

Ami de Labrouste3, Ingres a également inspiré le décor de la bibliothèque Sainte-Geneviève : ce sont ses élèves de la Villa Médicis, les frères Balze – Paul (1815-1884) et Raymond (1818-1909) – qui, sur son initiative et à la demande du ministère de l’Instruction publique, réalisèrent des copies des fresques des Loges du Vatican exécutées par Raphaël en 1519, qui furent placées à L’École des Beaux-Arts pour cinquante-deux d’entre elles et dans le grand escalier de la bibliothèque Sainte-Geneviève pour L’École d’Athènes. Ingres supervisa également la fresque qu’un autre de ses élèves, Alexandre Desgoffe (1805-1882)4, réalisa en 1849 dans le vestibule du rez-de-chaussée de la bibliothèque, représentant les feuillages d’une forêt, transposition du jardin que Labrouste aurait souhaité aménager le long de la façade principale du bâtiment.

Jocelyn Bouquillard

1. Conservé à la National Gallery of Art de Washington (collection Paul Mellon, 1995.47.52).

2. Les élèves de Labrouste ont aussi offert à la bibliothèque son buste en marbre par Eugène Guillaume (situé sur le palier du grand escalier menant à la salle de lecture).

3. Ingres apportera d’ailleurs son soutien à la candidature de Labrouste à l’Académie des Beaux-Arts, où c’est d’ailleurs à un ami d’Ingres, Hittorff, qu’il succèdera en 1867. Cf. lettre de Cherubini à Labrouste, 16 juin 1855, publiée dans Souvenirs d’Henri Labrouste, notes recueillies et classées par ses enfants, 1928, p. 88.

4. Desgoffe sera ensuite chargé de décorer la salle de lecture de la Bibliothèque nationale.

 Décor d’Alexandre Desgoffe, élève d’Ingres, pour le vestibule de la bibliothèque Sainte-Geneviève.

Décor d’Alexandre Desgoffe, élève d’Ingres, pour le vestibule de la bibliothèque Sainte-Geneviève. Détail d’un dessin de Labrouste. Plume, encre noire, lavis, aquarelles, mine de plomb. 66 x 99 cm. 1850. BSG, Ms. 4273 (37)

Bibliographie :

Portraits by Ingres: Image of an Epoch. New York, Metropolitan Museum of Art, 1999, n° 157, p. 481-482

Des Palais pour les livres : Labrouste, Sainte-Geneviève et les bibliothèques. Actes du colloque international du 11 octobre 2001 sous la direction de Jean-Michel Leniaud, Paris, 2002

Alexandre Desgoffe (1805-1882), Paris, Galerie Antoine Laurentin, 1996

Trésor du mois – octobre 2017

Le Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle de Pierre Larousse

À l’occasion du bicentenaire de sa naissance, nous vous proposons de redécouvrir l’œuvre encyclopédique de Pierre Larousse, qui se distingue de celle de ses contemporains Bescherelle et Littré par l’effort pédagogique qu’elle traduit.

Pierre Larousse, pédagogue

Né le 23 octobre 1817, ce fils de forgeron est un brillant élève qui devient en 1838 l’instituteur de son village natal. Mais le jeune républicain ne supporte pas la tutelle du curé qui, sous la Monarchie de Juillet, contrôle l’activité du maître. Il préfère redevenir étudiant pauvre et s’installe à Paris. Il suit alors les cours gratuits de la Sorbonne, du Collège de France et du Muséum. Il lit énormément et tout particulièrement à la bibliothèque Sainte-Geneviève, seul établissement public ouverte tard le soir, où il rédige de nombreuses fiches de lecture qui serviront à la rédaction de son encyclopédie, à tel point que ses camarades le surnomment « le bibliothécaire ».

Après la Révolution de 1848, Pierre Larousse publie à compte d’auteur des manuels d’enseignement fondés sur une pédagogie active (« instruire en amusant ») puis ouvre en 1852 avec un autre instituteur républicain, Augustin Boyer, une libraire sur le boulevard Saint Michel. Le succès des manuels scolaires assure la prospérité de la jeune maison d’édition, qui déménage en 1856 dans un hôtel particulier au 49, rue Saint-André-des-Arts. La publication cette même année de son Nouveau Dictionnaire de la langue française marque un tournant dans l’édition de dictionnaires : Larousse exclut les noms propres de sa nomenclature, ajoute un recueil de locutions latines et met en scène les définitions selon le principe « un dictionnaire sans exemple est un squelette sans os ». Cet ancêtre du Petit Larousse illustré sera un véritable succès de librairie, vendus à 5 millions d’exemplaire entre 1856 et 1905.

En 1858, Pierre Larousse fonde une revue, L’École normale, journal d’éducation et d’instruction dans lequel il défend l’enseignement primaire gratuit et obligatoire. De 1864 à 1876, cette revue publiera les 524 fascicules du Grand Dictionnaire universel, l’édition complète comprenant 15 volumes et deux suppléments. Épuise par un travail intensif, victime d’un accident cérébral en 1871, paralysé, il meurt le 3 janvier 1785.

Le Gand Dictionnaire universel, alphabet de la République

Disciple de Proudhon et de Comte, Pierre Larousse construit avec le Gand Dictionnaire universel un monument encyclopédique qui allie description de la langue et diffusion des savoirs au service d’un idéal social et politique. Chaque notice contient une première partie lexicographique et grammaticale avec citations et exemples ;  la seconde partie, souvent hypertrophique, est réservée aux aspects encyclopédiques. Les digressions audacieuses ou inattendues, qui visent parfois à contourner la censure du Second Empire, provoqueront les moqueries de certains contemporains qui qualifieront le « Grand Larousse » de barnum littéraire.

L’entreprise, placée sous le haut patronage de Victor Hugo et mise à l’Index par le Vatican, répond en fait à un programme idéologie : la diffusion le plus largement possible de la libre pensée et de l’idéal républicain. Plusieurs collaborateurs (Louis Liard, Alfred Naquet, Louis Combe) sont des républicains anticléricaux. Plusieurs notices concernant des personnages politiques sont partisanes : Louis XIV offre « l’exemple le plus complet et parfois extravagant » de l’absolutisme ; Bonaparte est mort le 18 brumaire an VIII ; Jeanne d’Arc est désacralisée ; le récit national est mis en perspective à travers les articles Bouvines et Révolution française.

Cependant, la foi dans le progrès reste un des fils conducteurs de l’encyclopédie : la colonisation est envisagée négativement dans les articles Colonisateur et Conquête au profit d’un éloge du métissage selon lequel « le genre humain tend à ne constituer qu’une famille idéale » (article Progrès).

Stéphane DUFOURNET

Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle : français, historique, géographique, mythologique, bibliographique, littéraire, artistique, scientifique, etc., etc. Paris : Larousse, 1865 – FOL Y SUP 78
[Disponible en ligne sur http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2053648]

Pour en savoir plus :

  • Cormier Monique et Aline Francœur (dir.) Les dictionnaires Larousse : genèse et évolution. Montréal : Presses de l’Université de Montréal, 2005. 8 Y SUP 99323
  • Mollier Jean-Yves et Bruno Dubot. Histoire de la librairie Larousse, 1852-2010. Paris : Fayard, 2012. 8 QB SUP 16429
  • Mollier Jean-Yves et Ory Pascal. Pierre Larousse et son temps. Paris : Larousse, 1995. FOL M SUP 177
  • ORY Pascal, « Le Grand Dictionnaire de Pierre Larousse », in Les lieux de Mémoire (La république). Paris : Gallimard, 1984. 8 L SUP 19629 (1)
  • Pruvost Jean et Micheline Guilpain-Giraud. Pierre Larousse. Du Grand Dictionnaire au Petit Larousse. Paris: Honoré Champion, 2002. 8 QB SUP 12540
  • Rétif André. Pierre Larousse et son œuvre, 1817-1875. Paris : Larousse, 1975.
    8 Y SUP 27131

Œuvres de Pierre Larousse :

  • A.B.C. du style et de la composition : synonymie, propriété des mots. Paris : Larousse, s.d. 8 X SUP 1798 (1)
  • Grammaire littéraire. Explications suivie d’exercices. Livre du maître. Paris : Larousse, s.d. 8 X SUP 2200
  • Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle : français, historique, géographique, mythologique, bibliographique, littéraire, artistique, scientifique, etc., etc. Paris ( 19 rue Montparnasse ): Administration du «Grand dictionnaire universel». Paris : Impr. Vve P. Larousse [1865-1890]. FOL Z 542 INV. 433 449 FA et FOL Y SUP 78 (1) [Disponible en ligne sur http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2053648]
  • Grammaire lexicologique… Livre de l’élève (83ème édition) Paris : Larousse, [1880].
    8 X SUP 1684
  • Jardin des racines grecques… étude raisonnée… Livre de l’élève. (14ème édition). Paris : A. Boyer , 1882. 8 X SUP 1146
  • Nouveau Dictionnaire de la langue française (3eédition). Paris : Larousse et Boyer [1856]. [Disponible sur http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6112540k/]
  • Petite flore latine, clef des citations latines que l’on rencontre dans les ouvrages des écrivains français. Livre du maître. Paris : Vve P. Larousse, 1886. 8 X SUP 1986

Dictionnaires encyclopédiques publiés entre 1827 et 1894 :

  • Complément du Dictionnaire de l’Académie française, publié sous la direction d’un membre de l’Académie française. Paris : Firmin Didot, 1842. 4 X 414 (4) INV 306 RES [Disponible en ligne sur http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5834322m]
  • Bescherelle, Louis-Nicolas. Dictionnaire national (18ème édition) Paris : Garnier frères, s.d. 4 X 416 INV 311 FA
  • Dochez Louis. Nouveau dictionnaire de la langue française : contenant la définition de tous les mots en usage. Paris : Ch. Fouraut, RES [MFA] 4 X 416 (8TER) INV 326-327 FA
  • Grégoire, Louis. Dictionnaire encyclopédique d’histoire, de biographie, de mythologie et de géographie. Paris : Garnier frères, s.d. 8 G SUP 113 (1) [Disponible sur http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65394754]
  • Le Bas, Philippe. « Dictionnaire encyclopédique de la France » in L’Univers : Histoire et description de tous les peuples (40 volumes). Paris : F. Didot frères, 1840. 8 G 786 INV 3833 FA
  • Legoarant Benjamin. Nouveau dictionnaire critique de la langue française. Paris : Vve Berger-Levrault et fils, 1858. 4 X 415 (2) INV 310 FA
  • Flammarion Dictionnaire encyclopédique universel, contenant tous les mots de la langue française et résumant l’ensemble des connaissances humaines à la fin du XIX siècle. Paris : E. Flammarion , s.d. 4 Z SUP 18 (1). [Disponible sur http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6397253d et http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k63459866]
  • Hatzfeld, Adolphe et Arsène Darmesteter. Dictionnaire général de la langue française, du commencement du XVIIe siècle jusqu’à nos jours, précédé d’un traité de la formation de la langue. Paris : Delagrave, s.d. 4 X SUP 94 (1) [Disponible sur http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206410m]
  • Littré, Emile. Dictionnaire de la langue française. Paris : L. Hachette , 1863-1869. FOL Y SUP 43 (1)
  • Noël Francois-Joseph-Michel et G. P. Chapsal. Nouveau dictionnaire de la langue française (14ème éd.). Paris : Maire : Nyon etc, 1852. 8 X 410 (4) INV 786 FA
  • Noël Francois-Joseph-Michel et LJM. Carpentier. Nouveau dictionnaire des origines, inventions et découvertes dans les arts, les sciences. Paris : Janet et Cotelle, 1827. 8 Q 332 (2) INV 1151 FA (1ère édition) et 8 Q 332 (3) INV 1153 FA (2ème édition)
  • Raige-Delorme Jacques et al. Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. Paris : Masson : P. Asselin : [puis] Asselin et Houzeau, 1868-1889. 8 T SUP 112
  • Saint-Laurent, Charles. Dictionnaire encyclopédique usuel. Paris : Lacroix-Comon, 1858. 4 G 1 INV 614 FA
    [Disponible sur http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5859302z/f6.image]
  • Sauger-Préneuf, François. Nouveau vocabulaire de la langue française, d’après le Dictionnaire de l’Académie et celui de Gattel, Laveaux, Boiste, Charles Nodier, Noël et Chapsal, de Lanneau et de Wailly. Paris : Lebigre frères, 1837. 8 X SUP 2846 [Disponible en ligne sur http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k50942d]

trésor du mois – septembre 2017

Le fonds Tessin numérisé : un hommage aux échanges artistiques entre la Suède et la France

Corpus présenté
Accès aux 65 documents numérisés par la bibliothèque Sainte-Geneviève

Le public français a pu découvrir au Louvre, d’octobre 2016 jusqu’au début de l’année 2017, l’exceptionnelle collection du comte Carl Gustaf Tessin (1695-1770), homme d’État suédois, diplomate et collectionneur passionné d’œuvres d’art. Fils de l’architecte Nicodemus Tessin le Jeune (1654-1728), et petit-fils de Nicodemus Tessin l’Ancien1 (1615-1681), lui-même éminent architecte baroque suédois, Carl Gustaf Tessin, qui fut également fabuliste et mémorialiste2, rassembla une collection de tableaux et d’objets d’art considérable actuellement conservée au Nationalmuseet de Stockholm et à l’Institut suédois à Paris.

C’est à cette lignée d’architectes et d’amateurs d’art francophiles que Gunnar W. Lundberg (1903-1986), historien d’art et conseiller culturel auprès de l’Ambassade de Suède à Paris, voulut rendre hommage en créant en 1933 l’Institut Tessin. Ce lieu d’expositions, comportant une bibliothèque et un musée, et dont la vocation était de promouvoir les échanges artistiques entre la France et la Suède, était d’abord situé 6 rue de Tournon dans le VIe arrondissement de Paris. L’Institut Tessin fut ensuite implanté dans l’hôtel de Marle qui abrite aujourd’hui l’Institut suédois.

Le « fonds Tessin » numérisé, mis en avant pour ce Trésor du mois, est une sélection parmi les ouvrages reçus en don de la part de l’Institut suédois. La collection Tessin, composée  de plus de 5 000 volumes en tout, a progressivement rejoint le fonds fenno-scandinave à partir de 1972, grâce à Anders Ryberg, en exercice à la Bibliothèque nordique entre 1964 et 1966. D’autres documents furent ajoutés à ce premier don en 1982, 1989 puis 2005, lorsqu’Enrica Hallvarsson, à présent en poste à la Kungliga biblioteket – Bibliothèque nationale de Suède, occupait la fonction de bibliothécaire déléguée à la Bibliothèque nordique.
Le public peut à présent consulter à distance sur la plateforme archive.org, moissonnée par Europeana et très bien référencée dans les moteurs de recherche, un corpus de 65 documents issus de la collection d’imprimés rassemblée par Gunnar W. Lundberg.

Ce premier ensemble est composé de documents libres de droits relevant en grande partie de l‘histoire de l’art : catalogues d’exposition, ouvrages sur les artistes suédois Bruno Liljefors, Anders Zorn, Ernst Josephson, Oscar Björck ou encore sur Johan Tobias Sergel, Julius Kronberg, Jeremiasz Falck et Johan Tirén, auxquels s’ajoutent des albums de caricatures et des ressources en histoire. Le chercheur trouvera ainsi dans cette bibliothèque numérique des livres sur les souverains Gustave III, Bernadotte ou sur Marie-Antoinette.

Les échanges entre la Suède et la France, au cœur de la démarche de Gunnar W. Lundberg, sont manifestes dans la constitution de sa bibliothèque : l’ouvrage de Voltaire Hvad som mest behagar damerna. Fée-Saga (Ce qui plaît aux dames) comme la pièce Gustave-Wasa, tragédie représentée pour la première fois par les Comédiens François le 7 janvier 1733, d‘Alexis Piron en témoignent.

Les ouvrages illustrés consacrés à la gravure sur bois, aux costumes traditionnels ou aux châteaux de Gripsholm et d’Ulriksdal, donnent également accès à une base iconographique. Ainsi l’ouvrage Sagan om rosen (traduction suédoise du Conte de la rose) illustré par le peintre suédois Carl LARSSON : le lecteur français y découvrira par l’image une partie du Roman de Perceforest3, gigantesque récit arthurien contenant la version la plus ancienne de la Belle Endormie (ou La Belle au bois dormant).

Florence CHAPUIS

1 . Tessin l’Ancien travailla notamment avec le huguenot français de Simon de la Vallée, qui s’était établi en Suède à la demande de la reine Christine. Stockholm lui doit son Palais de la Noblesse (Riddarhuset).

2. http://litteraturbanken.se/forfattare/TessinCG et http://litteraturbanken.se/forfattare/TessinCG/titlar/SkrifterAfTessin/sida/28/faksimil

3. Gaston Paris, « Le conte de la rose dans le Roman de Perceforest », Romania, no 23, 1894, p. 78-140 ;
http://www.persee.fr/doc/roma_0035-8029_1894_num_23_89_5807 et Noémie Chardonnens, « D’un imaginaire à l’autre : la belle endormie du Roman de Perceforest et son fils », Études de lettres (3-4), 2011 Pages 191-204.

Remerciements

Que Gunnel Lindelöv, notre interlocutrice à  Liljevalchs konsthall à Stockholm, chargée des archives et des contacts avec les chercheurs, trouve ici l’expression de notre gratitude pour son aide afin d’obtenir les autorisations nécessaires, lorsque plusieurs galeries et institutions culturelles avaient contribué aux catalogues d’exposition que nous souhaitions numériser.

Bibliographie

Sites
http://tessinsallskapet.se/
http://www.louvre.fr/expositions/collection-tessin-un-suedois-paris-au-18e-siecle
https://paris.si.se/que-proposons-nous/exposition-permantente/

Ouvrages sur l’Institut Tessin
Institut Tessin : 1933-1953 / Tessinsällskapet (Stockholm).
Stockholm : [Tessinsällskapet (Stockholm)], [1954].
8 NN 4132 NOR
Institut Tessin : 1959-1969 / av Gunnar W. Lundberg.
[S.l.] : Utgiven av Styrelsen för Institut Tessin : Tessinsällskapet, cop. 1970.
Exemplaire numéroté 8/99.
8 T 5235 NOR

Trésor du mois de Juillet 2017

The Fabric of the Human Body – Andreas Vesalius

Dans les collections d’histoire des sciences, pôle fort de la politique documentaire de la bibliothèque Sainte‑Geneviève, l’histoire de la médecine occupe une place éminente. Nombre d’ouvrages anciens ou précieux, depuis les premiers corpus médicaux de l’Antiquité et du Moyen Âge jusqu’aux traités de médecine moderne, sont ainsi conservés au département de la Réserve, souvent dans des éditions princeps, originales ou rares. Certains sont consultables sur le site de la bibliothèque Sainte-Geneviève. D’autres, relevant notamment de la littérature médicale en français de 1500 à 1600, sont accessibles dans Medic@, collection numérique de documents anciens en médecine.

Au Fonds général les collections de monographies et de périodiques, enrichies en partie par le Dépôt légal, recèlent des outils importants pour l’histoire des savoirs médicaux et l’étude de leurs liens avec les disciplines des sciences humaines et sociales. Elles comprennent également de nombreuses éditions ou rééditions de textes fondamentaux en médecine avec apparat critique. L’acquisition en novembre 2016 de The Fabric of the Human Body, édition anglaise du De Humani Corporis Fabrica Libri septem (La Fabrique du corps humain en sept livres) d’André Vésale relève de cette deuxième catégorie.

Publiée par l’éditeur suisse Karger en 2014 à l’occasion du 500e anniversaire de la naissance du célèbre humaniste et médecin brabançon, cette édition en deux volumes (1338 pages in-folio) est une traduction du latin en anglais des éditions de 1543 et 1555. Si l’on excepte une version anglaise abrégée de la Fabrica en 1553 par le graveur flamand Thomas Geminus – qui en plagia surtout les planches anatomiques – il n’existe que deux traductions anglaises, la première datant de 2009. Daniel Garrison et Malcolm Hast réalisent un travail de traduction et d’édition exceptionnel, commencé en 1992. Ils dressent d’abord la longue table des matières de la Fabrica et établissent la correspondance entre les paginations des éditions de 1543, 1555 et 2014. Ils référencent ensuite les écrits des anciens cités par Vésale et mettent en concordance la terminologie médicale moderne avec le vocabulaire essentiellement descriptif de l’époque.

Parue pour la première fois à Bâle en 1543 en in-folio de 659 pages chez l’imprimeur Johann Oporinus, soit la même année que le De revolutionibus orbium coelestium (Des révolutions des orbes célestes) de Copernic, la Fabrica, est une œuvre fondatrice dans la révolution scientifique opérée à la Renaissance. La bibliothèque Sainte‑Geneviève conserve un exemplaire de cette édition originale au département de la Réserve.

Vésale se donne pour but de connaître le corps humain, considérant l’anatomie comme étant au fondement de la médecine et de son enseignement, grâce aux techniques de dissection qui permettent l’observation et la déduction :

« [mes livres] exposent avec suffisamment de détails le nombre, la situation, la forme, la grandeur, la matière de chaque élément du corps humain, sa connexion avec d’autres parties, son utilité, sa fonction et beaucoup d’autres caractéristiques de ce genre que nous avons l’habitude de scruter dans la nature des parties pendant une dissection ; ils […] contiennent aussi des images de toutes les parties du corps insérées dans la trame de l’exposé de façon à mettre pour ainsi dire un corps disséqué sous les yeux de ceux qui étudient les œuvres de la Nature. »1

Les 277 planches anatomiques gravées sur bois et légendées de la Fabrica, conçues par Vésale et réalisées par le peintre italien Jan van Calcar élève de Titien, donnent à l’image un statut scientifique en même temps qu’artistique. Ce soin accordé aux images va de pair avec une écriture où abondent métaphores et analogies. Nul doute que la première édition française en cours de la Fabrica, entreprise depuis 2014 par Jacqueline Vons et Stéphane Velut permettra au lecteur contemporain de langue française d’apprécier, autant que son attention au détail et la clarté de son exposé, la richesse stylistique du texte de Vésale.

Fara Raliarivony

1 Au divin Charles Quint, le très grand et invincible empereur, préface d’André Vésale à ses livres sur l’anatomie du corps humain, in La Fabrique de Vésale en ligne, édition et traduction française par Jacqueline Vons et Stéphane Velut, 2014 : http://www3.biusante.parisdescartes.fr/vesale/debut.htm

Bibliographie :

The Fabric of the Human Body (De humani corporis fabrica libri septem) : an annotated translation of the 1543 and 1555 editions / par Daniel H. Garrison, Malcolm H. Hast. Bâle : Karger, 2014. (2 vol.). Cotes : FOL V SUP 689 (vol. 1), FOL V SUP 690 (vol. 2)

De humani corporis fabrica / Andreas Vesalius ; préface de Jackie Pigeaud. Paris, Torino : Les Belles Lettres : N. Aragno, 2001. Fac-simile de la première édition de Bâle, 1543.

La Fabrique de Vésale, édition et traduction française, introductions et commentaires par Jacqueline Vons et Stéphane Velut, 2014.

Trésor du mois de juin 2017

  « Une grande simplicité, un caractère sévère et grave »

La bibliothèque Sainte-Geneviève en ses façades

Édifiée par Henri Labrouste entre 1843 et 1850, la bibliothèque Sainte-Geneviève s’inscrit dans une proximité aussi symbolique que géographique avec le Panthéon, monument de sacralité laïque voulu comme tel par Louis-Philippe dès 1830. Voisinage signifiant, entre l’universalité de la culture écrite et la célébration des grandes figures nationales, au sommet de la « colline inspirée  » que constitue la Montagne Sainte-Geneviève.

« La structure mise en lumière » : ainsi fut récemment résumée la philosophie constructive de l’architecte. La façade de la bibliothèque manifeste à elle seule la pertinence de cet intitulé.

L’atteste dès l’abord sa structuration verticale, qui épouse l’organisation fonctionnelle intérieure : un rez‑de‑chaussée assis sur un soubassement et affecté au stockage des livres ; un niveau supérieur largement éclairé, dévolu à l’étude.

Au centre  l’entrée, « porte étroite » qui sacralise l’ensemble de l’édifice. À l’instar de celle qui lui fait face au transept nord du Panthéon, la porte de bronze a été coulée par le fondeur Simonet dont le fils deviendra élève de Labrouste. L’édicule en forme de faux portique engagé qu’envisageait le projet initial fut rapidement abandonné, au profit de deux candélabres en bas-relief évoquant l’ouverture nocturne instaurée dès 1838.

Le dispositif ornemental des façades, auquel l’architecte s’attelle dès la fin de l’élévation et des ravalements au printemps 1848, participe lui aussi du lien constitutif entre fonction et décor.

Les patères en fonte qui rythment les façades servent de terminaison aux poutres métalliques qui supportent le plancher de l’étage et du comble. Si au niveau supérieur elles affectent la forme de  simples têtes d’écrous, la rangée intermédiaire se décline en médaillons au centre desquels s’entrelacent, dorées, les lettres SG : leitmotiv du lexique ornemental utilisé par Labrouste à la bibliothèque Sainte-Geneviève.

La théorie des guirlandes, courant sur les façades du Panthéon comme sur celles du bâtiment d’administration et du collège Sainte-Barbe (aujourd’hui bibliothèque Cujas) inscrit le bâtiment dans son contexte urbanistique.

Le faîte du bâtiment dissimule le chéneau derrière les volutes d’une corniche en terre cuite, moins chère et plus légère que la pierre.

En juillet 1848, Labrouste conçoit l’idée d’une façade parlante : il élabore et fait graver dans les entablements des arcades, comme sur autant de pages, une liste de huit cent dix noms illustrant le cheminement culturel de l’humanité depuis les temps bibliques, de Moïse au chimiste suédois Berzelius (mort le 7 août 1848). Programmatique, ce Catalogue monumental annonce les collections auxquelles le bâtiment sert d’écrin : il renvoie aux rangées de livres qui lui sont adossées et en illustre l’encyclopédisme. Il évoque par ailleurs la philosophie contemporaine d’Auguste Comte, dont le Calendrier positiviste paraîtra l’année suivante. Il renvoie enfin, en l’universalisant, à son  prestigieux et national vis-à-vis : le Panthéon.

Marie-Hélène de La Mure

  Voir aussi…

– Henri, LABROUSTE, Plans et dessins relatifs à la construction de la Bibliothèque Sainte-Geneviève. Cote : BSG Ms. 4273.

– Frédéric BARBIER, « Autopsie d’une façade », dans Des palais pour les livres. Labrouste, Sainte-Geneviève et les bibliothèques, dir. Jean-Michel Leniaud, Paris, Maisonneuve et Larose, bibliothèque Sainte-Geneviève, 2002, p. 82-93

– Marie-Hélène de LA MURE, Genèse d’une façade, un itinéraire graphique à travers les dessins d’Henri Labrouste : exposition virtuelle consultable à l’adresse  http://www.bsg.univ-paris3.fr/ExposVirtuelles/expofacade/expo_facade_3.html