Trésor du mois de novembre 2017

Le portrait de Labrouste gravé par Dien d’après Ingres

Monsieur Labrouste architecte. Ingres del. M.-F. Dien sculp.

Lithographie, Paris, 1852, 30 x26,4 cm
Cote : EST ENCADRÉE 35 RES.

Ce portrait, lithographié par Claude-Marie-François Dien (1787-1865), représente Henri Labrouste (1801-1875) assis, dans une pose songeuse et déterminée ; il a été réalisé en 1852 d’après un dessin1 qu’un groupe de plus de cent élèves du célèbre architecte avaient commandé au fameux peintre néo-classique Jean-Dominique Ingres (1780-1867)2. Prix de Rome, pensionnaire de l’Académie de France à Rome de 1825 à 1830, Labrouste venait alors d’achever la construction de la bibliothèque Sainte-Geneviève ; il dispensait un enseignement dans son atelier parisien (ouvert de 1832 à 1857), prônant parmi les premiers la doctrine rationaliste et fonctionnaliste : la forme d’un édifice doit être appropriée à sa fonction et subordonnée aux matériaux de construction. Son emploi novateur et esthétique du fer et de la fonte lui permet d’alléger les supports des salles de lecture de la bibliothèque Sainte-Geneviève (1838-1850) et de la Bibliothèque nationale (1854-1875), tout en masquant à l’extérieur la structure métallique apparente à l’intérieur.

Ce portrait témoigne de la proximité et de l’étroite collaboration de trois grands artistes, le dessinateur, le graveur et l’architecte, qui ont tous séjourné à la Villa Médicis : Ingres fut pensionnaire de l’Académie de France à Rome de 1806 à 1810 (qu’il dirigea ensuite de 1835 à 1841), où il fit la connaissance de Dien, qui venait de remporter le prix de Rome en 1809.

Ami de Labrouste3, Ingres a également inspiré le décor de la bibliothèque Sainte-Geneviève : ce sont ses élèves de la Villa Médicis, les frères Balze – Paul (1815-1884) et Raymond (1818-1909) – qui, sur son initiative et à la demande du ministère de l’Instruction publique, réalisèrent des copies des fresques des Loges du Vatican exécutées par Raphaël en 1519, qui furent placées à L’École des Beaux-Arts pour cinquante-deux d’entre elles et dans le grand escalier de la bibliothèque Sainte-Geneviève pour L’École d’Athènes. Ingres supervisa également la fresque qu’un autre de ses élèves, Alexandre Desgoffe (1805-1882)4, réalisa en 1849 dans le vestibule du rez-de-chaussée de la bibliothèque, représentant les feuillages d’une forêt, transposition du jardin que Labrouste aurait souhaité aménager le long de la façade principale du bâtiment.

Jocelyn Bouquillard

1. Conservé à la National Gallery of Art de Washington (collection Paul Mellon, 1995.47.52).

2. Les élèves de Labrouste ont aussi offert à la bibliothèque son buste en marbre par Eugène Guillaume (situé sur le palier du grand escalier menant à la salle de lecture).

3. Ingres apportera d’ailleurs son soutien à la candidature de Labrouste à l’Académie des Beaux-Arts, où c’est d’ailleurs à un ami d’Ingres, Hittorff, qu’il succèdera en 1867. Cf. lettre de Cherubini à Labrouste, 16 juin 1855, publiée dans Souvenirs d’Henri Labrouste, notes recueillies et classées par ses enfants, 1928, p. 88.

4. Desgoffe sera ensuite chargé de décorer la salle de lecture de la Bibliothèque nationale.

 Décor d’Alexandre Desgoffe, élève d’Ingres, pour le vestibule de la bibliothèque Sainte-Geneviève.

Décor d’Alexandre Desgoffe, élève d’Ingres, pour le vestibule de la bibliothèque Sainte-Geneviève. Détail d’un dessin de Labrouste. Plume, encre noire, lavis, aquarelles, mine de plomb. 66 x 99 cm. 1850. BSG, Ms. 4273 (37)

Bibliographie :

Portraits by Ingres: Image of an Epoch. New York, Metropolitan Museum of Art, 1999, n° 157, p. 481-482

Des Palais pour les livres : Labrouste, Sainte-Geneviève et les bibliothèques. Actes du colloque international du 11 octobre 2001 sous la direction de Jean-Michel Leniaud, Paris, 2002

Alexandre Desgoffe (1805-1882), Paris, Galerie Antoine Laurentin, 1996

Trésor du mois de juin 2017

  « Une grande simplicité, un caractère sévère et grave »

La bibliothèque Sainte-Geneviève en ses façades

Édifiée par Henri Labrouste entre 1843 et 1850, la bibliothèque Sainte-Geneviève s’inscrit dans une proximité aussi symbolique que géographique avec le Panthéon, monument de sacralité laïque voulu comme tel par Louis-Philippe dès 1830. Voisinage signifiant, entre l’universalité de la culture écrite et la célébration des grandes figures nationales, au sommet de la « colline inspirée  » que constitue la Montagne Sainte-Geneviève.

« La structure mise en lumière » : ainsi fut récemment résumée la philosophie constructive de l’architecte. La façade de la bibliothèque manifeste à elle seule la pertinence de cet intitulé.

L’atteste dès l’abord sa structuration verticale, qui épouse l’organisation fonctionnelle intérieure : un rez‑de‑chaussée assis sur un soubassement et affecté au stockage des livres ; un niveau supérieur largement éclairé, dévolu à l’étude.

Au centre  l’entrée, « porte étroite » qui sacralise l’ensemble de l’édifice. À l’instar de celle qui lui fait face au transept nord du Panthéon, la porte de bronze a été coulée par le fondeur Simonet dont le fils deviendra élève de Labrouste. L’édicule en forme de faux portique engagé qu’envisageait le projet initial fut rapidement abandonné, au profit de deux candélabres en bas-relief évoquant l’ouverture nocturne instaurée dès 1838.

Le dispositif ornemental des façades, auquel l’architecte s’attelle dès la fin de l’élévation et des ravalements au printemps 1848, participe lui aussi du lien constitutif entre fonction et décor.

Les patères en fonte qui rythment les façades servent de terminaison aux poutres métalliques qui supportent le plancher de l’étage et du comble. Si au niveau supérieur elles affectent la forme de  simples têtes d’écrous, la rangée intermédiaire se décline en médaillons au centre desquels s’entrelacent, dorées, les lettres SG : leitmotiv du lexique ornemental utilisé par Labrouste à la bibliothèque Sainte-Geneviève.

La théorie des guirlandes, courant sur les façades du Panthéon comme sur celles du bâtiment d’administration et du collège Sainte-Barbe (aujourd’hui bibliothèque Cujas) inscrit le bâtiment dans son contexte urbanistique.

Le faîte du bâtiment dissimule le chéneau derrière les volutes d’une corniche en terre cuite, moins chère et plus légère que la pierre.

En juillet 1848, Labrouste conçoit l’idée d’une façade parlante : il élabore et fait graver dans les entablements des arcades, comme sur autant de pages, une liste de huit cent dix noms illustrant le cheminement culturel de l’humanité depuis les temps bibliques, de Moïse au chimiste suédois Berzelius (mort le 7 août 1848). Programmatique, ce Catalogue monumental annonce les collections auxquelles le bâtiment sert d’écrin : il renvoie aux rangées de livres qui lui sont adossées et en illustre l’encyclopédisme. Il évoque par ailleurs la philosophie contemporaine d’Auguste Comte, dont le Calendrier positiviste paraîtra l’année suivante. Il renvoie enfin, en l’universalisant, à son  prestigieux et national vis-à-vis : le Panthéon.

Marie-Hélène de La Mure

  Voir aussi…

– Henri, LABROUSTE, Plans et dessins relatifs à la construction de la Bibliothèque Sainte-Geneviève. Cote : BSG Ms. 4273.

– Frédéric BARBIER, « Autopsie d’une façade », dans Des palais pour les livres. Labrouste, Sainte-Geneviève et les bibliothèques, dir. Jean-Michel Leniaud, Paris, Maisonneuve et Larose, bibliothèque Sainte-Geneviève, 2002, p. 82-93

– Marie-Hélène de LA MURE, Genèse d’une façade, un itinéraire graphique à travers les dessins d’Henri Labrouste : exposition virtuelle consultable à l’adresse  http://www.bsg.univ-paris3.fr/ExposVirtuelles/expofacade/expo_facade_3.html

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English version

Classée monument historique en 1992, la bibliothèque Sainte-Geneviève a été édifiée entre 1844 et 1850. Henri Labrouste, architecte chargé de sa construction, en a fait un prototype de bibliothèque publique, édifice fonctionnel, innovant par sa structure métallique et symbolique.

 

Visites « découverte »

Du lundi au samedi de 14h à 18h
Gratuites, ouvertes à tous, sans réservation

Ces visites rapides (10 minutes) sont destinées aux visiteurs individuels ou petits groupes te5 personnes au maximum.

Présentez-vous simplement à l’accueil des visiteurs dans le hall principal, du lundi au samedi, entre 14h et 18h. Un membre du personnel vous accompagnera à l’entrée de la salle de lecture Labrouste. Vous pourrez aussi découvrir le vestibule d’entrée, l’escalier d’honneur, le Cabinet de curiosités et la salle de lecture de la Réserve. Les photos sont restreintes en salle de lectures par la présence de nos lecteurs.

Téléchargez les documents d’aide à la visite : histoire et actualité et les bâtiments et leur décor (également disponibles à l’accueil).

 

Visites patrimoniales

Du lundi au vendredi de 9h à 10h (ou de 9h à 12h en juillet et août)
Gratuites, ouvertes à tous, uniquement sur réservation

Ces visites peuvent être libres ou guidées. Elles sont prises en charge par un personnel de l’établissement et ne peuvent être proposées qu’en dehors des horaires d’ouverture de la bibliothèque aux lecteurs.

Les visites guidées sont proposées uniquement aux groupes de 5 à 25 personnes (particuliers, étudiants, associations, etc.). Elles permettent de découvrir l’histoire, le fonctionnement et l’architecture de la bibliothèque.

Des visites guidées pédagogiques peuvent aussi être organisées pour les groupes scolaires ou associations de jeunesse, sur projet spécifique.

RÉSERVATION :
Département de la Communication et de la valorisation
bsgvalorisation@univ-paris3.fr
01 44 41 97 71 / 72 / 86

NB : Les professeurs et guides conférenciers ont le droit de parole dans les espaces patrimoniaux (en dehors des horaires de d’ouverture aux lecteurs)

 

Visites professionnelles

Des visites pour les professionnels et les étudiants des métiers du livre et de la documentation peuvent être organisées sur demande.

CONTACT :
Département des Services au public
bsgpublic@univ-paris3.fr
01 44 41 98 13

 

Journées du Patrimoine

Profitez des Journées européennes du patrimoine pour visiter la bibliothèque (visites libres et guidées, expositions, projection de documentaires, etc.), les 3e dimanches du mois de septembre !

Site officiel des journées du patrimoine

 

Lors des visites les photographies sont autorisées à titre privé ou pour étude, tout autre projet est soumis à autorisation de la Direction (demande à déposer au département de la Communication et de la valorisation). Pour des images libres de droit, consultez Wikimedia Commons.

Visite virtuelle

Pénétrez dans la bibliothèque Sainte-Geneviève, visitez les différents espaces et contemplez l’architecture.

 

« L’habitat vernaculaire islandais : sauvegarder l’éphémère », conférence le 29 octobre 2015

Conférence le 29 octobre 2015 à la Bibliothèque nordique :
« L’habitat vernaculaire islandais : sauvegarder l’éphémère »

Sandra Coullenot, doctorante en ethnologie (Centre Max Weber, Université Jean Monnet de Saint-Étienne), présentera son sujet de thèse portant sur la place du bâti rural dans le patrimoine national islandais.

En salle de lecture de la Bibliothèque nordique, 6, rue Valette, 75005 Paris, à 18h15. Entrée libre.

Plus d’informations au 01.44.41.97.50 ou à l’adresse bsgnordique@univ-paris3.fr

Pièces de Sirkku Peltola et de Jon Fosse au Théâtre Dunois en mai et juin 2014

Le Théâtre Dunois présente deux créations aux mois de mai et juin 2014 :

Ça foxtrotte dans la botte de mamie
de Sirkku Peltola, traduction et mise en scène de Tiina Kaartama
Du 15 au 25 mai 2014
Théâtre à partir de 9 ans

CA FOXTROTTE DANS LA BOTTE DE MAMIE (Tiina Kaartama 2013)Le Manuscrit des chiens II : quelle merveille !
de Jon Fosse, mise en scène et scénographie de Christophe Laluque
Du 4 au 15 juin 2014
Théâtre à partir de 8 ans

Théâtre Dunois manuscrit des chiens
Tarif réduit pour les lecteurs de la Bibliothèque nordique (réservation obligatoire)

Théâtre Dunois
7 rue Louise Weiss
75013 Paris
01.45.84.72.00
Plus d’informations sur le site du Théâtre Dunois