L’invention de la reliure moderne – Première séquence : du Japonisme à l’orée de l’Art déco

Reliure d'Emile Carayon sur "Les Types de Paris"La Bibliothèque Sainte-Geneviève est un haut lieu de la reliure. Ses collections en témoignent largement pour les périodes anciennes et classiques et la décision prise ces dernières années de couvrir la totalité des temporalités a abouti à la constitution d’une collection de reliures non moins exemplaire pour les réalisations modernes et contemporaines, au point qu’elles constituent désormais un panorama si ample et si représentatif que peu d’initiatives institutionnelles s’en approchent. La plus grande attention est systématiquement portée aux tentatives de renouvellement très variées qui se sont heureusement succédées en France, comme en Europe plus globalement, depuis l’époque du Japonisme.

Reliure de Louise-Denise Germain sur Faust de GoetheLa reliure de création, considérée comme un art en soi, et non plus une simple couvrure, s’est imposée à travers l’intérêt que deux mouvements successifs et presque contemporains, le Japonisme et l’Art nouveau, lui ont manifesté dans leur souci de tout investir des divers pans de l’inventivité. Cette double libération a donné le signal d’un total renouveau. La reliure est même apparue dès lors comme un objet quasiment sans antécédence, éclairant tout autrement l’histoire de ses pratiques. Des reliures japonisantes proprement dites à celles qui étaient simplement influencées par cette civilisation, des témoignages de l’Art nouveau aux recherches et essais de divers solitaires et jusqu’aux apports de l’éclectisme, quelque chose se présente avec une insistance qui n’a cessé d’être reconduite bien au-delà : la poursuite de l’inattendu.

Ce premier temps de la reliure moderne (1870-1920) précède et annonce les révolutions de l’Art déco, qui en sont le deuxième moment, et magnifient pour leur part une autre inspiration. Il ne s’agit pourtant pas, avec cet élan initial, d’une simple préhistoire mais bel et bien d’un premier accomplissement. On n’y compte pas les prouesses et les prodiges, l’anticipation du futur y alterne avec le témoignage du temps présent. Le parcours de cette durée à travers ses chefs d’œuvre est un prétexte à une rêverie sur la beauté.

Exposition en cours depuis les Journées européennes du patrimoine 2013 – Entrée libre au 10, place du Panthéon