LA RÈGLE DU JEU : LA TRADITION LUDIQUE DANS LE PATRIMOINE ÉCRIT

 

Regards croisés
II - Le jeu instrumentalisé

Dès le XVe siècle surgissent partout en Europe des jeux de fantaisie. Respectant l'agencement classique des couleurs et des valeurs mais présentant des contenus extrêmement divers, ils ont en commun d'instrumentaliser le fait ludique au service d'une grande variétés d'intérêts : si certains affichent des visées éducatives, d'autres véhiculent plus ou moins subrepticement satire politique, fanfaronnade nationaliste ou critique religieuse, à moins qu'ils ne s'érigent en modes de financement.
Ainsi, c'est au début du XVIIe siècle, dans un contexte pédagogique centré sur l'art de la mémoire où le rôle des images mnémotechniques devient enjeu de réflexion pour les pédagogues, que s'ouvre la longue série des jeux éducatifs où les Jésuites occupent une place majeure. Objet politique, le jeu investit le champ du pamphlet, notamment celui des mazarinades, avec d'autant plus d'à propos que le cardinal-ministre s'avère un joueur invétéré. Outil de controverse religieuse, il joue son rôle dans la querelle janséniste. Source de recettes enfin lorsqu'il se fait loterie au bénéfice des cassettes privées, institutionnelles ou royales.


II-1 La logique en jeu

Le P. Thomas Murner, O.F.M. Chartiludium logicae seu logica poetica vel memorativa [...], opera, notis & conjecturis Joan[nis] Balesdens... - Paris : T. Du Bray, 1629. - In-8.
[8 R 289 inv 1803 Rés]

L'intuition des vertus pédagogiques du jeu est imputable, au premier chef, au franciscain Thomas Murner, professeur de logique à l'université de Cracovie : ce jeu de cartes (chartiludium), conçu en 1507 à l'intention de ses étudiants, fut source de tels progrès que l'université dut attester l'orthodoxie de l'auteur soupçonné de sorcellerie. Il ressuscite après une longue interruption, en ce XVIIe siècle si féru d'apprentissage, par l'intermédiaire de l'érudit et bibliophile Jean Balesdens qui en livre ici avec ferveur une nouvelle édition. La méthode de Murner repose sur la tradition des images mnémotechniques ; il imagine non pas quatre mais seize "couleurs", correspondant à autant de divisions de la logique : grelots, écrevisses, poissons, glands, scorpions, turbans, cœurs, cigales, soleils, étoiles, pigeons, croissants, chats, blasons, couronnes et serpents. Le grelot, figurant sept fois sur la carte ici présentée, représente ainsi le septième niveau de l'Énonciation dont il est l'emblème. Murner récidivera en 1515 sur le même mode avec les Institutes de Justinien.

© - 2005, Bibliothèque Sainte-Geneviève

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Le P. Pierre Guischet, O.F.M. Ars ratiocinandi lepida, in cartiludium redacta. - Saumur : A. Hernault, 1650. - In-4.
[4 R 422 (2) inv 458 Rés]

Ce rare manuel de logique (ou "art de raisonner") en forme de cartiludium s'inspire directement des inventions pédagogiques de Murner auquel l'auteur, frère mineur angevin, rend hommage dans la préface. Les enseignes sont ici réduites à quatre - écrevisses, poissons, grelots et glands - dont chacune regroupe trois cartes à figures (roi, dame valet) et dix cartes à points. Guischet fournit trois modes de jeu principaux assortis de variantes, dont l'une recourt aux osselets : selon leur principe commun, tout joueur ayant remporté trois levées est tenu, pour pouvoir s'attribuer les points correspondants, d'expliquer le sens des cartes qu'il a en main, une erreur au maximum pouvant être corrigée par le partenaire. En tête du troisième traité, consacré à l'énonciation, le roi de grelot jouant aux échecs avec son serviteur illustre l'affrontement des extrêmes, relayé par l'opposition du roi et de la reine sur l'échiquier (bel exemple de jeu dans le jeu) ; les murs noir et blanc, le feu et le chaudron d'eau, le regard et les yeux bandés correspondent à autant de variations sur le thème des contraires.

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II-2 La marque jésuite : de l'héraldique...

Le P. Claude-Oronce Finé de Brianville, S.J. Jeu d'armoiries des souverains et estats d'Europe. - Lyon : B. Coral, 1660. - In-18. [8 Z 5790 inv 8891 FA]

Parmi les premiers jeux éducatifs, jeux de cartes et jeux de l'oie héraldiques ont connu sous le règne de Louis XIV un prodigieux développement, indissociable de l'activité pédagogique jésuite aussi bien que de l'édition lyonnaise. Pionnier en la matière, Finé de Brianville s'associe en 1659 au libraire Benoît Coral pour donner au public un jeu de cartes destiné à l'apprentissage des blasons européens, assorti d'un ouvrage servant de livret : les quatre enseignes gouvernent respectivement la France (cœur), l'Italie et le Saint-Siège (trèfle), "le Nort" (Angleterre, Europe du nord, Empire : pique), l'Espagne (carreau) ; chaque joueur doit au premier tour énoncer les armoiries de la carte qu'il a en main, au deuxième localiser le territoire concerné sur une carte d'Europe, au troisième enfin en esquisser l'histoire. Travail précurseur et original, l'ouvrage sera régulièrement réédité en France et à l'étranger, la seule mise à jour concernant les armes du pape sous les traits du roi de trèfle. Il servira désormais de modèle du genre. Les figures du prince et du chevalier y remplacent dès cette seconde édition de 1660 celles du valet et de l'as, vues d'un oeil peu amène par les familles concernées.

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II-3 ... à l'édification bien comprise

Le P. Jean David, S.J. Veridicus christianus,... [Suivi de] Concentus musicus versibus Veridici christiani coaptatus. - Anvers : Plantin, 1601. - In-4. [4 D 2384 inv 2561 Rés]

Cette intuition pédagogique majeure s'applique à l'édification du jeune chrétien aussi bien qu'à son instruction, comme en témoigne le Veridicus christianus du jésuite courtraisien Jean David : l'ouvrage, illustré d'allégories des vérités chrétiennes, se clôt sur un cadran - Orbita probitatis - percé de quatre ouvertures (une par évangéliste) correspondant à des chiffres inscrits sur un disque mobile au verso du feuillet (disque disparu de cet exemplaire) ; une fois la roue tournée, le chiffre apparu dans la fenêtre choisie renvoie à une figure gravée par Théodore Galle et assortie d'un distique moral, que l'utilisateur est invité à méditer. Si la forme évoque le livre d'emblèmes, la démarche est proche de celle de la divination, mais la pureté de l'intention sauve l'ouvrage de l'accusation de géomancie : le plaisir du jeu est mis au service de la formation morale et spirituelle.

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II-4 L'arithmétique ludique

Claude-Gaspard Bachet. Problemes plaisans et delectables, qui se font par les nombres, partie recueillis de divers autheurs, & inventez de nouveau avec leur demonstration... - Lyon : P. Rigaud, 1612. - In-8. [8 V 32 inv 2003 Rés]

Cet ouvrage, qui sera réédité jusqu'en 1879, constitue un recueil d'exercices d'arithmétique romancés auxquels jeux de cartes ou de dés servent parfois de supports. Ainsi des problèmes 14 à 17 : "Plusieurs dez estans jettez, deviner la somme des points adioustez ensemble d'une certaine façon"; "Deviner combien de points il y a en trois cartes"; "De plusieurs cartes disposees en divers rangs deviner laquelle on aura pensé"; "Deviner de plusieurs cartes, celle que quelqu'un aura pensé".

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Jacques Ozanam. Recreations mathematiques et physiques, qui contiennent plusieurs problêmes d'arithmetique, de geometrie, d'optique, de gnomonique, de cosmographie, de mecanique, de pyrotechnie, & de physique. Avec un traité nouveau des horloges elementaires. - Paris : J. Jombert, 1694. - In-8. [8 V 41 inv 2012 FA]

Après avoir vécu longtemps du jeu et de quelques leçons, Ozanam étudie successivement, en autodidacte, la théologie, la chimie et la mécanique. Il se tourne enfin vers les mathématiques et les enseigne à Lyon et à Paris. Ces Recreations, inspirées de l'ouvrage de Bachet comme des recueils de Leurechon et Mydorge, seront maintes fois rééditées au XVIIIe siècle.

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II-5 Le latin sans peine

Gabriel de Foigny, pseud. Jacques Sadeur. Jeu royal de la langue latine [...] aussi un petit traité des poésies latine et françoise... - Lyon : Veuve Coral et Th. Amaulry, 1676. - In-8. [8 X 290 inv 558 FA]

Le XVIIe siècle français produit quantité de méthodes originales d'apprentissage des langues anciennes, dont quelques-unes sont restées célèbres par un trait pédagogique inédit ; ainsi de la grammaire de l'oratorien Charles de Condren, Nouvelle méthode pour apprendre avec facilité les principes de la langue latine (1665), d'abord présentée sous la forme de tableaux en couleur à afficher dans les chambres, avant de recevoir le support plus classique du manuel ; ou encore, sous la plume du cordelier Gabriel de Foigny, cette grammaire en forme de jeu de cartes : "Ceux qui sçavent le nombre des regles de la langue latine, jugeront que c'est un abbregé inestimable puisqu'on fait connétre en trente jours, ce qu'on a peine de comprendre en six ou sept ans, selon le cours ordinaire des classes". Les cinquante-deux difficultés du latin sont réparties sous quatre enseignes : rose pour les noms, parterre pour les verbes, bâtiment pour les règles d'accord et treille de vigne pour la prononciation et la prosodie.

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II-6 La promotion des grands travaux

François Andréossy. Les Regles du jeu du canal royal, avec l'explication de tous les travaux qui composent ce grand ouvrage. - Castelnaudary : Ch.-P. Chrestien, 1682. - In-12. [8 Y 4217 inv 7612 Rés]

C'est "l'aménagement du territoire" avant la lettre qui sous-tend la parution de ce petit ouvrage soigné, de peu postérieur à l'inauguration du canal du Midi ; celui-ci, démarré en 1666 sous l'égide de l'entrepreneur Riquet, receveur des gabelles du Languedoc, vient de s'achever avec la construction du port de "Cette". François Andréossy, dessinateur et cartographe du canal, en "compose une manière de jeu où, avec deux dez qu'on jette sur une carte qui représente ce merveilleux ouvrage dans toute son étendüe, on puisse en se divertissant en apprendre toutes les parties"; la référence aux "jeux de cartes qu'on mit au jour il y a quelques années, l'un pour apprendre les elemens de notre histoire, et l'autre pour s'instruire en la science des armoiries", est explicite dans la préface.

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II-7 Jeu de mémoire

[Louis de Court]. Varietez ingenieuses ou Recueil et melange de pieces serieuses et amusantes. Par M. D.*** académicien.- Paris : C. David, 1725. - In-12. [8 Z 6151 INV 9364 FA]

Il n'est jusqu'au processus d'apprentissage en tant que tel, qui ne fasse l'objet d'une méthode ludique : l'abbé Louis de Court conclut ses Varietez ingenieuses par une Méthode pour raisonner & se souvenir, assortie d'un tableau ou "centurie […] qui n'a été inventé que pour faciliter la mémoire".




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II-8 Jeu et politique : mazarinades...

Le Funeste hoc de Jules Mazarin. - Paris : N. Boisset, 1649. - In-4. [4 L 606 (5) inv 500 Rés (p. 58 bis)]

Durant la Fronde, un certain nombre de mazarinades mettent en scène la Cour autour de la famille royale et du cardinal Mazarin : joueur effréné, celui-ci a même donné son nom à une variante du jeu de hoc, ainsi qu'en témoigne l'Académie universelle des jeux en 1756 : "Ce jeu a deux noms, savoir le Hoc Mazarin et le Hoc de Lyon ; il se joue différemment, mais comme le premier est plus en usage que l'autre on se contentera d'en parler". Dans le même recueil figurent Le Trique-trac de la cour, Les Nouveaux jeux du piquet de la cour, Le Second et entier jeu du picquet de la cour (p. 9 à 9 ter).

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Le Jeu du dé ou le Raphle de la Cour.- S. l., s. n., 1650 [1651 ?]. - In-4. [4 L 606 (24) inv 519 Rés (p. 4)]

Le rafle est un coup gagnant où chaque dé amène le même point.







 

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Le Jeu de dames, que Monsieur le prince de Condé à joüé avec Monsieur Guitault. - S. l. : s. n., s. d. - In-4.
[4 L 606 (24) inv 519 Rés (p. 5)]

La mazarinade évoque l'arrestation des princes frondeurs Condé, Conti et Longueville par le lieutenant des gardes Gaston de Comminges, comte de Guitaut, le 18 janvier 1650.




 

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Nouveau jeu de cadrille [sic]. Epitaphe de M. de Lamoignon. Chanson faite à l'occasion de l'Assemblée des notables. Les Riens. Les Touts. Petite fable sur un grand sujet. - S. l. : s. n., s. d. - In-8. [8 L 757 (129) inv 3456 Rés (p. 3)]






 

 

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II-9 ... et réaction nationaliste

Francion, l'anti-whisk ou le jeu françois, avec la méthode pour le jouer. - Londres et Paris : Musier fils, J.-B. Gogué, 1765. - In-4. [8 Z 1039 inv 3180 Rés (p. 8)]

L'invention du francion serait, selon cet opuscule resté sans postérité, le fait d'une noble compagnie soucieuse de renouveler ses distractions habituelles en contrant la popularité du "maudit whist venu d'ailleurs" : "Il seroit bien flatteur pour notre société d'avoir damé le pion, & d'avoir suspendu la fureur du jeu britannique". Manifeste anglophobe, le nouveau jeu, conçu pour trois joueurs au lieu de quatre avec atout principal et décompte différent de celui du whist, ne parviendra cependant pas à endiguer la déferlante anglaise

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II-10 Les oies jansénistes

[Abbé Louis de Bonnaire]. Essai du nouveau conte de ma mere Loye, ou les Enluminures du jeu de la Constitution... - S. l. : s. n., 1722. -In-8. [Fol W Sup 382 Rés]

En 1713, Louis XIV obtient de Rome, avec la bulle - ou "constitution" - Unigenitus, la condamnation des propositions jansénistes. Parmi les multiples écrits, diatribes et estampes suscités par la controverse, l'oratorien Louis de Bonnaire, prêtre appelant contre la bulle, fait paraître anonymement cet Essai en 1722, sur la trame du jeu de l'oie ; les "enluminures" commentent en octosyllabes satiriques les dix-huit cases historiées du jeu dont le but est, depuis l'Arche de Noé, d'arriver au Concile en évitant les pièges : en 6, le Pont des explications (où les évêques opposés aux propositions peinent à garder l'équilibre) ; en 12, l'Acceptation (une femme aux yeux bandés saisissant la bulle) ; en 15, le Schisme symbolisé par une robe déchirée ; en 16, le Labyrinthe de l'Erreur suscitée par la Constitution ; en 17, le cabaret de l'Accommodement ; en 24, la Tour de Babel (confusion du langage de la foi) ; en 49, le puits de Démocrite (ou la Vérité cachée dans le corps de Doctrine) ; la case 53 figure la mort de Clément XI. Ce libelle, magnifique exemple d'un jeu de propagande par l'image, sera condamné par l'officialité d'Arras en 1726. Sur d'autres exemplaires les oies, mitrées, parodient avec plus d'évidence encore les évêques au Concile.

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II-11 La loterie ou le hasard collectivisé

Le Mercure galant. - Paris : C. Barbin, H. Loison, J. Riboumai et al., 1672-1710. - In-12. [8 AEJ 5 Rés]

La loterie a vite été perçue par le pouvoir royal comme source de recettes extraordinaires. Après une vaine tentative de François Ier en 1539, la première loterie royale est tirée en 1660 lors des fêtes nuptiales de Louis XIV. Le XVIIe siècle voit fleurir les loteries "de société", tirées dans les salons à la mode ou à la Cour, telles que le rapporte le Mercure galant daté de mai 1681 : "Celui qui paroist entre les deux qui sont dans l'espace qui est au milieu de cette table, & que vous voyez assis plus bas, est un valet de chambre de Sa Majesté, qui tient un sac où sont les billets. Il les donne par compte à madame Colbert de Croissy, & à M. le marquis de Dangeau, qui sont à ses deux costez. Ils les comptent de nouveau, & les distribuent à ceux qu'on voit autour de la table. Chacun a des boëtes devant soy, & met autant de billets dedans, qu'il y en a de marquez dessus", avant de sceller sa boîte avec le nécessaire à cacheter disposé devant lui. Les boîtes sont collectées dans une corbeille, "d'où de temps en temps on va les porter dans les sacs qui sont attachez contre la muraille".

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Plan d'une nouvelle loterie en faveur de Messieurs de l'abbaye de S[ain]te-Geneviève de Paris, 1738. [Ms 759]

Sous le règne de Louis XIV se développent également les loteries de paroisse, l'épuisement des finances de l'État ne lui permettant plus de financer la charité. Elles permettent notamment, au siècle suivant, la modernisation des hôpitaux comme la restauration ou la construction de nombreuses églises parisiennes, dont celle de Sainte-Geneviève (1738), futur Panthéon, voulue par Louis XV sur les plans de Soufflot : "Cette loterie sera composée de deux cent mil billets de trois livres chacuns faisans la somme de six cent mil livres. Les 600 000 l[ivres] seront diviséz en lots et primes. […] Il sera necessaire de faire la depense de deux grandes roües si l'on n'en trouve point à loüer".

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Almanach utile et agréable de la loterie de l'Ecole royale militaire pour l'année 1759. Où l'on voit son origine, ses progrès, son établissement en France et la façon de placer le plus avantageusement sa mise. Enrichi de quatre-vingt dix figures en taille douce qui pourront servir de devises. Quatrains par Gravelot. - Amsterdam, Paris : L.-F. Prault et L. Le Clerc, 1759. - In-24. [8 L Sup 11626 Rés]

Une autre loterie permet de construire un célèbre bâtiment, l'École militaire, voulue en 1751 par Louis XV pour l'éducation de cinq cents jeunes gentilshommes sans fortune. Les travaux, commencés en 1752, durent jusqu'en 1787. Pour les financer, le Conseil du roi établit le 15 octobre 1757 une loterie permanente prévue pour une durée de trente ans. Le tirage a lieu le 5 de chaque mois et les billets, numérotés de 1 à 90, sont enfouis dans une "roue de fortune", sorte de cage rotative d'où un enfant extrait cinq numéros. Auparavant, les joueurs ont pu "ponter" sur diverses chances dans différents bureaux tant à Paris qu'en province. Goncourt écrit à propos des 90 vignettes, dessinées par Gravelot et gravées par Le Mire, qui composent ce ravissant ouvrage : "[C']est un vrai petit livre bijou et joujou. Qu'on imagine, au-dessus des numéros de la loterie, quatre-vingt-dix petites scènes, toutes se passant entre enfants, comme si les grandes personnes avaient été trop grandes pour y figurer ; toutes consacrées à la petite fille, à la fillette, […], l'avertissant de la vie par quatre-vingt-dix petites moralités rimées dans le cartouche et pour lesquelles le dessinateur-poète sollicite à la fin l'indulgence du public". Le succès vient de suite avec une première recette de deux millions de livres, complétant l'impôt sur les cartes à jouer affecté dans sa totalité à l'École militaire entre 1751 et 1778.

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Gräff. La Galerie des combinateurs, ouvrage dédié aux actionnaires de la loterie de l'École royale militaire. - Paris : P.-D. Couturier, 1773. - In-12. [Delta 50887 FA (p. 1)]

L'ouvrage porte le cachet de la bibliothèque royale du château de Compiègne.





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Sébastien-Antoine Parisot. L'Art de conjecturer à la loterie [...] avec des tables de combinaisons et de probabilités - [Paris] : E. Bidault, 1801 - In-8. [Delta 63627 FA]

Face au succès rencontré lors de la construction de l'École militaire, le Conseil du roi décide en 1776 d'intégrer toutes les loteries en une seule structure, la Loterie royale de France : celle-ci portera au maximum la popularité de ces jeux de hasard collectifs et déchaînera d'innombrables "combinateurs". Le jeu sollicite là le hasard à l'échelle d'une communauté tout entière et voit son organisation échapper aux joueurs eux-mêmes.




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